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13 novembre 2016 – Marathon d’Athènes 1/2

Marathon d’Athènes (2016) – 1ère partie

Contexte
2015 fut une année difficile, entre une actualité insupportable imposée à la Kalashnikov, un travail épuisant et peu valorisant et une peine de cœur dont les effets allaient s’avérer être destructeurs sur plusieurs mois.

En novembre 2015, je participais au marathon de Budapest (voir récit) et j’y avais retrouvé mes amis hongrois, Eta et Dodo. Durant trois jours, leur compagnie m’avait fait du bien, je les aime énormément. J’appréciais les apparitions de Dodo, inquiet et attentif au déroulé de ma course : il m’avait suivi sur une grande partie du parcours à vélo. Quand à Eta, sa bonhomie et son enthousiasme me remplissaient de joie comme au premier jour de notre rencontre en Vendée, en août 1988. Je les aime.

Voyager, fuir, partir loin était pour moi l’occasion de faire le point et de prendre du recul même si, sur le fond, rien n’était encore réglé. J’ai toujours apprécié cet anonymat des courses, entouré d’innombrables coureurs à pied de toutes nationalités, mes compagnons de route, mes fibreux, mes amis dévoreurs de bitume.
Quelques mois plus tard, en mars 2016, respectant mon calendrier de deux épreuves annuelles, je me retrouvais à Barcelone pour le marathon qui s’était à peu près bien passé malgré la panne de batteries de mon cardio-fréquencemètre et une paire de chaussures de courses insuffisamment travaillées provoquant quelques échauffements au niveau de la voûte plantaire.
Avec cette parenthèse ibérique, j’avais provisoirement cautérisé mes peines de cœur mais la reprise de l’entraînement fut toutefois pénible, révélateur de ma souffrance intime et de nombreuses séances solo finirent en larmes. L’intérêt et la motivation diminuaient. Je me sentais physiquement vidé. Les émotions avaient eu raison de mon corps qui désormais souffrait et appelait à l’aide.
J’avais limité mes sorties à deux séances de moins d’une heure par semaine, sur une durée de deux mois avant plusieurs semaines d’interruption… pour ne reprendre à nouveau espoir fin août 2016.
J’avais alors choisi la ville d’Athènes car je voulais symboliquement aller à la source, là où tout avait commencé. De plus, amoureux des vielles pierres, c’était une nouvelle opportunité d’apprécier le patrimoine archéologique de la ville ainsi que son histoire millénaire.

Pour la préparation, quelques séances de côte en Suisse normande furent programmées afin de travailler mes appuis et soutenir un effort sur quelques longues pentes à 15%. La configuration du marathon d’Athènes m’imposait un travail sur du dénivelé vu que le 2e tiers de la course constituait en une succession de cotes ! Pour ma foulée, je ne changeais rien ; pour le cœur, je devais juste garder espoir et croire en de jours meilleurs au sens propre comme au figuré…

Je prépare toujours consciencieusement mes voyages : partir seul, en mode économique avec ma petite de valise de cabine bleue, minimum requis, repérages et conseils glanés sur internet, cartes, épingles, horaires, transports et choix de l’hôtel par rapport au budget et à l’arrivée de la course… tout est calculé et évalué pour limiter les déplacements et surtout voyager lé-ger. J’aime beaucoup lire les cartes, m’imaginer déambuler dans les rues avant même d’y avoir réellement mis les pieds. Comme dans la vie, la réalité est toujours différente de l’image fantasmée…

Caen – Vendredi 11 novembre
Le départ de la gare de Caen très tôt le matin. J’éprouve toujours une légère excitation composée par le doute et un sentiment de frayeur combinés : s’offrir à la multitude, aux regards des autres, partir loin… et tenter de revenir. Tout va bien se passer, faire confiance.
Après 2h30 de voyage, j’arrive à la gare St-Lazare. Direction direction Denfert-Rochereau via le métro pour récupérer l’Orly-Bus. Départ du terminal quelques heures plus tard pour un vol avec Transavia : 3h10 sans escale, direction l’aéroport international d’Athènes situé à 33 km du centre-ville. Durant le vol, je survole Berne et de très bons moments passés dans la capitale helvétique ; quelques minutes plus tard, j’aperçois au loin Interlaken côtoyée par ses deux lacs et le sommet de la Jungfrau (je participerai un an plus tard au départ de ce marathon, comme promis) : les souvenirs et les émotions restent intacts, le spectacle est magnifique.

Arrivé à l’aéroport, je rejoins la procession touristique qui comme des lemmings, s’activent et font la queue pour récupérer un ticket de bus afin de rejoindre le centre-ville. Il fait beau, les paysages sont superbes, je suis ému.

Athènes.
Direction l’auberge de jeunesse située au pied du parthénon, près de la porte d’Hadrien. Confort minimum en lit bannette, accueil agréable, cour intérieure isolée et idéale pour se reposer. Le check-in est fait. Passons maintenant à l’exploration des alentours.

Je rejoins en fin de journée Alain et Marielle, mes cousins de Bormes-les-Mimosas. Ils me font la gentillesse de faire une étape de trois jours sur Athènes avant de partir pour les îles grecques et seront là dimanche à l’arrivée (super !). Nous dînons le soir au pied de la cité antique dans un de ces sympathiques restaurants touristiques. Malgré une carte alléchante, mon estomac est en vrac et n’apprécie guère la soupe, ni la salade vinaigrette / blanc de poulet… au grand désespoir du serveur. Je suis légèrement nauséeux et rien ne passe comme si c’était une gastro. Une bonne nuit de sommeil et un grand soda matinal me remettront sur pied.

Samedi 12 novembre
Visite hallucinée du Parthénon le matin sous un éclatant ciel bleu avec les cousins et en milieu d’après-midi, descente vers le port du Pyrée pour y récupérer mon dossard et les instructions au palais des sports distant de plusieurs kilomètres. J’en profite pour marcher durant de longues heures, comme à mon habitude, la veille de la compétition. Le soir, repas léger, préparation de mes affaires et couché de bonne heure avec ce sentiment d’incrédulité : demain, c’est le grand jour.

Dimanche 13 novembre
Réveil à 4h30. La nuit fut courte mais reposante. Un petit tour au coin d’aisance, un thé sucré avec quelques morceaux de pain. Rien de lourd, le ravitaillement se chargera de m’apporter les quelques apports nécessaires. Courir léger. Mon sac est prêt, short, t-shirt et rechanges sont prévues. Une petite angoisse m’accompagne en refermant délicatement la porte de ma chambre. Combien seront-nous au départ du bus ? Quelle sera la météo ? Comment ma course va-t-elle se dérouler ?
Je sors de l’auberge de jeunesse, souhaitant silencieusement aux colocataires encore endormis de profiter de ces dernières heures de sommeil. Il est 5h30. Les rues sont désertes et la fraîcheur m’accompagne le long de l’artère principale qui remonte en direction de la place Kotziá. Après 20 minutes de marche, j’arrive au point de rendez-vous, place de l’hôtel de ville d’Athènes. Plusieurs bus sont déjà là, moteurs au ralentit. Je rejoins un des groupes de coureurs qui font la queue. Vérification faite, je suis autorisé à me laisser absorber par la promesse d’un confort transitoire : un siège, un peu de chauffage mais surtout la joie de retrouver ma seconde famille. Tout en rangeant nos affaires, nous faisons connaissance, échangeons sourires et regards complices, tous liés par cette excitation partagée.

6h00 – Les premiers bus partent et après quelques minutes d’attente, nous quittons enfin Athènes par l’autoroute 54, direction Marathon. Cette interlude collégiale est l’occasion d’échanger durant ces 50 minutes avec ma voisine grecque venue seule concourir le marathon et ayant loué un appart’ sur Athènes pour le week-end…Je suis sous le charme. Nos discussions liées à notre épreuve commune est parfois interrompue par l’attention que nous portons au paysage qui défile sous nos yeux. Nous sommes partis depuis maintenant vingt minutes et la banlieue étend encore son emprise malgré les kilomètres parcourus. Ponts autoroutiers, boulevards, commerces, habitations à moyenne densité, le bus file à vive allure dans cette l’agglomération encore somnolente, serpentant sur ce long ruban bitumeux, tentant d’échapper aux contreforts de la métropole athénienne.
Je me rends compte que le trajet effectué à vive allure sera emprunté par nous autres dans l’autre sens en courant ! Entre effroi et résignation, j’accepte cette vérité qui, je le ressens, a désormais influencé l’espérance de l’ensemble des participants présents dans ce bus. Derniers instants partagés qui scellent provisoirement la conviction que nous signons toujours en pleine conscience et que nous ne maîtrisons pourtant cette épreuve avec une certaine dose d’inconscience…

7h15 – Nous descendons du bus, récupérons nos sacs de rechange et nous nous dirigeons vers notre point de rendez-vous. Le départ est fixé à 9h. Hélas, j’ai perdu de vue ma voisine en sortant du bus, ni même retenu le numéro de son dossard…
Malgré la fraîcheur matinale, tout le monde est actif et j’apprécie de retrouver ma famille polyglotte. J’absorbe cette vitalité. Je me sens bien. Je passe plus d’une heure à déambuler dans le stadium, à écouter, ressentir cette énergie qui nous anime. L’aurore console désormais nos âmes impatientes, réconfortant nos physiques apprêtés. Tels des animaux à sang froid, nous profitons de la promesse des premiers rayons du soleil pour nous ressourcer avant que ce dernier ne vienne nous rappeler par son intensité, plus tard dans la matinée, qu’il ne fait pas si bon de courir sans préparation au pays de notre très cher père Phidippidès.

8h30 : Je suis prêt. Je me dirige vers la sortie du stade puis sur le boulevard pour me placer dans le sas qui m’est attribué. Nous y sommes… C’est magnifique de se retrouver parmi tant d’autres. Je me sens bien. Quelques minutes plus tard, nous entonnons le serment olympique.
Athlete oath (serment olympique) juste avant le départ et le bras levé : ceci correspond à un geste de la Grèce antique.
« Au nom de tous les concurrents, je promets que nous prendrons part à ces Jeux Olympiques en respectant et en suivant les règles qui les régissent, en nous engageant pour un sport sans dopage et sans drogues, dans un esprit de sportivité, pour la gloire du sport et l’honneur de nos équipes »

Encore à cet instant où je saisis ces quelques lignes, je suis ému par ce serment et le souvenir d’avoir partagé cet instant de communion avec mes camarades d’un nouveau jour.

À suivre…

280520 Reprise

Énième remise en route hier pour tenter de retrouver du plaisir à courir. Alternance en marche et course pour me réhabituer à l’effort physique et travailler mon réveil musculaire. Pas plus de 130 Bpm pour une vitesse d’environ 6 km/h en moyenne soit la moitié de mon rythme de croisière en entrainement. 1h 20 plus tard, satisfaction de ce rendez-vous avec soi-même malgré beaucoup de pensées positives et souvenirs qui se sont greffés à cette sortie détendue et pleinement appréciée.
Ce matin, j’ai retrouvé les sensations de ce corps suite à l’effort d’hier, de ce manque de contact physique pour panser la stimulation musculaire, comme si le corps demandait de l’aide. Ressenti et sentiments remontent à la surface : 9 ans déjà.

180520 Lassitude

Presque 6 mois sans courir et la motivation n’est toujours pas là. L’idée de reprendre la course à pied est quotidienne mais les premiers pas sont toujours aussi douloureux. Beaucoup d’émotions sont encore liées à cette activité sportive et je n’arrive pas à évacuer mes traumatismes, mes peines et ma lassitude. J’ai pourtant énormément aimé mais le corps n’est plus celui désiré. 15 kilos de trop par rapport à l’affûtage pour Berlin (2012) et 10 kg de trop par rapport à mon poids de forme. Mon activité professionnelle étant statique, j’ai de la difficulté à me remotiver.

Récit marathon de la Jungfrau 2017 (3/4)

JOUR J
 
Samedi 9 septembre – 6h30
Chaque matin de course est toujours teinté d’un léger pressentiment, d’une légère tension intérieure. On prépare consciencieusement ses affaires, le tracé est étudié et le plan de course approuvé mais ce matin-là, je ne suis pas prêt comme j’aurai dû l’être auparavant.
 
J’ai renoncé à écouter ma voix intérieure, j’ai négligé mon corps, l’équilibre est rompu. La tension musculaire nécessaire pour répondre à l’effort demandé n’a plus la même intensité. Je sais que j’ai les capacités pour finir cette course mais il faut désormais négocier avec un nouveau paramètre : la motivation.
 
Oui, je reconnais mes faiblesses et je vais devoir adapter une nouvelle approche. Il y a 9 mois, je pensais remonter la pente, ce matin je vais l’affronter. Mon petit déjeuner prend des allures de cérémonial. Je suis calme, silencieux, détendu et conscient de ma situation. Quelques tranches de pain, un bon mug de thé et deux verres de jus de fruits sont mon premier ravitaillement de la matinée. Après avoir salué mes coéquipiers et leur souhaiter bon courage, je me dirige vers le point de rendez-vous.
 
8h00 : Je dépose mon sac. C’est l’effervescence et je ressens une certaine fébrilité. Nous partons dans 30 minutes et tout le monde se bouscule à l’approche des consignes. Je me dirige vers la ligne de départ, secteur 1, surclassé… pour avoir donné mon meilleur temps au marathon. Aïe ! Je me retrouve malgré moi dans les 4h – 4h30. Je me sens comme un cheval de trait parmi des purs sang anglais… Qu’importe. Short, gants, veste autour de la taille, casquette… je suis prêt.
 
8h15 : Je m’échauffe, trottine, respire tranquillement. Il fait frais, la météo correspond au prévisions, c’est bon signe. J’observe, je m’imprègne de l’ambiance festive et électrique. On distribue des drapeaux suisse pour le 25e anniversaire de la course mais je ne m’encombre pas de cela, j’en récupérerai peut-être un plus tard.
 
KM0 : Nous franchissons la ligne de départ à 8h30 et maintenant c’est l’inconnu. Les premiers kilomètres se font tranquillement en évitant le rush. Je suis en mode économique jusqu’à la fin : 140 pulsations par minute, 10 km/h de moyenne. Je compte faire le semi en deux heures puis la seconde partie en 2h30-3h si tout va bien.
 
KM7,4 – 39 mn – Boningen Mon rythme est trop élevé et je ne cesse de me faire doubler. Nous quittons la ville pour longer le torrent en direction de l’entrée de la vallée.
 
KM10 – 55 mn de course – Wilderswil
Le premier village se traverse sans trop de difficultés, encouragés par le public, la fanfare et les jeux de cloches. Un raidillon, un faux plat puis une belle montée nous imposent leurs rythmes. Je me sens contrarié par la soudaineté et la dureté de l’effort. Je me remémore le trail de Montoncourt : la course n’est qu’une succession de tensions, de relâchements musculaires auquel il faut associer un mental sans cesse mis à l’épreuve. C’est ce qui est le plus difficile. Ce séquençage physique et psychologique est à l’opposé de ce que j’appliquais jusqu’à présent sur un marathon où l’effort se distillait avec finesse et justesse tout au long de la course. C’est dur. Le chemin continue sa légère ascension, drainant ce long cortège processionnaire, tantôt abrité par les bois, tantôt ouvert sur une prairie arborée. L’humidité, le torrent et ses multiples avatars nous accompagnent en serpentant, alternant accès de fureur et tourments canalisés. Mon souffle est régulier, je me sens bien dans cette fraicheur matinale, le soleil est toujours sous la couette et malgré un doute constant pour la suite de la course, je reste confiant.
 
KM15 – 1h24 – Gündlischwald
Nous traversons le village d’une traite pour nous faufiler sur un sentier un peu plus étroit. La voie de chemin de fer nous accompagne jusqu’au 21e kilomètre. Nous avons l’agréable surprise d’être salués et encouragés bruyamment par de nombreux voyageurs-supporteurs partis à la conquête de la Jungfrau. Je m’amuse à comparer cet enthousiasme délirant avec une séquence d’un film de Miyazaki. J’adore. Nous traversons des hameaux nourris par les encouragements des résidents, passons plusieurs ponts en bois, passerelles et raidillons casse-pattes. Au fur et à mesure de notre avancé, notre angle de vue s’élargit progressivement, laissant paraitre une large vallée flanquée de parois rocheuses dont les sommets baignent dans une brume disparate et donne à cette magnifique scène des allures de fjord norvégien.
 
KM20 – 1h52
L’arrivée à Lauterbrunnen se fait dans la douleur : un raidillon à couper les pattes qui débouche sur une route suivit 50 mètres plus loin d’un virage en épingle dont le dénivelé marque le début des festivités. Je lève la tête et regarde au-dessus de moi : c’est haut, c’est franchement pas sympa de nous accueillir ainsi. Après avoir réduit l’allure, je reste constant dans mon effort en essayant de rester concentré. Surtout ne pas marcher. Les acclamations vous aspirent et vous font croire que cette soudaine altération est provisoire : il n’en est rien. Après avoir amorcé le virage, un faux plat de résistance vous est offert pour vous souhaiter la bienvenue. La rue est animée, je voudrais bien sourire mais la grimace est ma seule marque de sympathie à cet instant ! Désolé ! Le ravitaillement n’est pas encore en vue mais quelques instant plus tard, l’apparition soudaine des chutes d’eau du Staubbach (300 m de haut) et de leur longue chevelure filiforme m’illumine de joie. Je reste pantois, en admiration, ému par ce spectacle saisissant. Les habitations situées au pied de ces dernières paraissent comme maisons de poupées et sont condamnées à le rester face à cette nature imposante à vous couper le souffle.
 
KM21 – 2h 05
Je profite d’un bon bouillon chaud (love) distribué au ravitaillement pour faire le point : tout va bien physiquement et le moral est au beau fixe malgré la météo. Je suis content de ce premier semi. Il nous reste 5 km avant d’entamer la montée sur Wengen situé là-haut ! Je repars avec enthousiasme, j’ai hâte d’en savoir plus. La vallée est magnifique malgré cette pluie fine. Le public est nombreux, toujours à nous encourager. C’est réconfortant.
Nous continuons sur 3 kilomètres avant de bifurquer sur la gauche pour revenir sur Lauterbrunnen par la route principale. Un léger dénivelé nous permet de prendre de la vitesse et de récupérer tranquillement Cela fait du bien mais je garde un oeil sur mon cardio. Nous revenons au village et progressons sans trop de difficultés avant d’arriver sur une légère côte qui se négocie sans trop d’effort, un dos d’âne comparé avec ce qui nous attend… Un passage sous la ligne de chemin de fer, une nouvelle montée et au détour d’un virage : le mur ! Nous nous arrêtons net quelques mètres plus loin, stoppés dans notre élan et notre stimulation. La pente est trop raide !!
 
Mon ressenti au KM26 (800 m) : j’ai envie de courir, de me relancer mais c’est physiquement impossible. Je m’arrête pour reprendre mon souffle, tenter de réaliser ce qu’il m’arrive. Nous ne sommes plus seuls ! Dorénavant, il nous faudra marcher ensemble ! Combien de temps avant d’arriver en haut ??? La tête baissée, le regard fixant le sol, le souffle court et les mains sur la taille ou sur les cuisses, je reste concentré, les pieds, mollets, jambes et fessiers chauffent. C’est impressionnant d’entendre les respirations de chacun, de percevoir cette cacophonie qui s’unifie dans un même effort, une même volonté. Lentement, nous progressons en silence, zig-zagons à flanc de montagne, protégés par les bois sur ce chemin long de deux kilomètres. Mon GPS m’indique que la pente est proche des 18%.
Lentement, nous avançons. Je m’arrête un instant pour me redresser. Une jeune femme m’invite à reprendre mon effort. « Kommen » Je m’exécute. Je me sens touché émotionnellement par ce geste de solidarité. Inoubliable sensation d’unité et de respect les uns envers les autres. Plus loin, nous passons un virage en épingle, matraqués par « The Wall » de Pink Floyd mais cela n’altère pas notre motivation.
Nous sortons de la forêt après 30 minutes d’efforts qui nous ont parut une éternité. Repartir… facile à dire. Il me faut quelques pas pour récupérer. Il n’est plus question de temps mais de gérer son effort.
 
KM28 – 3h04 (1100m)
La vue semblait se dégager vu d’en bas, c’est loupé ! Le plafond nuageux est de plus en plus bas. Nous croisons le train à crémaillère, saluons les touristes encapuchonnés et poursuivons notre route. La relance se fait assez facilement et les quelques bosses sont négociées sans difficultés. Néanmoins, nous subissons encore l’exigence de la montagne avec de nombreux faux plats et raidillons qui nous obligent à marcher à nouveau. Le bitume annonce la proximité de Wengen. Enfin, des routes un peu plus horizontales et carrossables… à première vue. Le passage dans le centre-ville est fantastique mais teinté d’une légère inquiétude de ma part. Il nous reste 14 km.
La sortie de Wengen n’est que la confirmation que nous sommes bien en montagne et que le macadam ne vous permet pas forcément de courir plus vite dans un sens ou dans un autre d’ailleurs !! La grimace est de retour et il nous faut encore marcher puis se relancer et encore s’arrêter. Je suis devenu un piéton… La déception, le doute s’invitent à ma table et partagent mes réflexions. « Tu arrives demain matin ou ce soir ??? » Je ne me retourne même pas pour apprécier le panorama. Quitter la ville au plus vite. Nous poursuivons désormais notre randonnée… sur des chemins forestiers.
 
KM35 – 4h12 (1500 m)
« Je vaux moins qu’une vache ! ». Cela fait une plombe que nous marchons activement sur ce chemin et je suis dépité. J’ai besoin de courir… Nous alternons marches rapides et relances en courant sur de courtes distances. Nous sommes tributaires de la moindre variation de relief, du moindre changement de dénivelé. La fatigue s’accumule mais je pense surtout que le temps est terriblement long. Les vaches, les alpages, les sapins, les cailloux (Cabrel) et la brume… la routine. L’humidité est supportable et le ravitaillement toujours le bienvenue (penser à liker la page Facebook du Bouillon chaud de la Jungfrau ! Je me régale, un réconfort pour l’âme et le corps).
 
KM38 – 4h48 (1800 m)
(NDLR : Je vous promets, c’est plus très long…)
Nous entamons la dernière partie de la course et évoluons désormais sur des sentiers de randonnée, étroits, caillouteux, glissants et ravinés. Nous progressons en file indienne, serpentons, franchissons, grimpons, évoluons en silence parmi les rochers et la lande, absorbés par la brume et par nos pensées. Juste devant moi, un coureur tintinnabule et agit comme un lièvre, un repère sonore dans ce paysage fantomatique. Pousser sur les jambes, parfois pointer du pied, s’agripper aux quelques cailloux émergeant du sentier. L’effort est constant, la pente est raide parfois mais le souffle est lent et régulier. Le dernier ravitaillement passé, la dernière soupe ingurgitée et nous repartons de plus belle. Petit embouteillage 100 mètres plus loin et un arrêt de 10 minutes afin que chacun puisse suivre « notre ligne de vie » sans bousculade. Le temps ne compte plus à cet instant. Au loin, le son de la cornemuse, tel le chant des sirènes, comme un hymne à la joie, un réconfort. L’arrivée n’est plus très loin. Un passage abrupte, limite à quatre pattes et la fameuse longue ligne de crête rectiligne précédant les 40,5 km, pente de 15% qui nous met à l’épreuve et nos cuisses hurlent aussitôt. Pas besoin de relever la tête pour savoir où l’on va, fixer le sol, respirer et oublier la douleur. Une pluie fine continue de tomber et le son de la cornemuse nous encourage à ne rien lâcher. On y est !
 
KM40,5 – 5h37 (2100 m)
Salutations au bagpiper, sourires, remerciements d’un geste amical à ceux qui nous libèrent de ces derniers mètres, pour enfin entamer la descente vers la ligne d’arrivée. Le public est de nouveau présent et les encouragements viennent rompre avec ces longs moments de solitude et de fatigue imposée. La piste est rapide et elle glisse par endroits. Il faut veiller à marcher sur des zones empierrées. Je reprends mon souffle, cours à faible allure car nous sommes à flanc de colline. Petite pente et descente à nouveau vers l’autre versant. Un ultime ravitaillement de fortune (pas nécessaire) puis le chemin s’élargit nous permettant ainsi de courir à nouveau. La descente est risquée car la boue, l’eau et les pierres sont difficiles à négocier. Il faut prendre la bonne trajectoire, slalomer entre les coureurs à l’arrêt et ceux qui trottinent. C’est de la folie, je cours comme un dératé, les pieds frappant violemment le sol pour tenter de ralentir. J’éclabousse, je marche dans des flaques d’eau, je suis emporté par mon élan et par la joie de pouvoir enfin avancer, courir, voler. Mes jambes vont bien et mes genoux devraient tenir ! Le passage le long du lac me permet de reprendre mon souffle mais 200 m plus loin, le scénario recommence. Je rigole, j’exulte de joie, j’y suis arrivé (pas vraiment à l’heure) et les 50 derniers mètres se font sous les encouragements du public venus nombreux braver les conditions météo.
 
KM 42,195 – 5h47 (2000 m)
Je franchis la ligne d’arrivée à vive allure mais quelques mètres suffisent pour m’arrêter. C’était juste. Je souffle, je suis content d’avoir pu finir. Un rapide passage pour prendre le t-shirt, la médaille et la fameuse tablette de chocolat suisse, je me bâche et je me dirige vers la station pour enfiler des habits chauds. Je me retourne et contemple le si peu qu’il nous est offert : j’aperçois un semblant de bannière annonçant l’arrrivée et les quelques habitations noyées sous une brume stimulée par un vent cinglant. Le froid est plus vif en raison de l’altitude, je ne dois pas traîner et j’ai hâte de me réchauffer. Il y a beaucoup de monde, entre les coureurs, les amis venus encourager les participants, les touristes et les groupes de scolaires venus visiter la Jungfrau. Ambiance sortie d’un stade de foot mais rapidement, il faut s’abriter car des bourrasques et le froid est de plus en plus difficile à supporter. La tempête arrive.
 
PAUSE
Notre grand vestiaire est situé dans les hangars d’entretien des trains à crémaillère. Le contraste est saisissant : les odeurs, la chaleur humaine, les exclamations, les discussions… Je me change, mange un morceau et je reste assis à me reposer au chaud. Les coureurs arrivent pour certains transits de froid ou épuisés, les membres endoloris, les doigts un peu gelés et incapables de defaire leurs lacets. Les visages sont marqués, les corps mis à mal. Reprendre des forces avant d’affronter à nouveau le froid pour le retour et ne pas choper la crève ! Je reste plongé dans mes pensées durant le retour sur Interlaken J’observe le paysage à travers les carreaux embués du train, les nuages, la silhouette des montagnes cachées par la brume. Je tente de retrouver un passage familier comme pour apprécier encore plus mon confort actuel. Je suis choqué, marqué par cette journée. Je me sens bien mais il s’est passé quelque chose.
À suivre…

Récit marathon de la Junfrau 2017 (2/4)

3 – INTERLAKEN
 
Vendredi 8 septembre – 7h30
Le petit déjeuner se fait en compagnie de mes deux nouveaux camarades thailandais. Nous parlons de course à pied, de voyages. C’est leur premier marathon en montagne et j’interroge l’un deux sur les conditions climatiques. Il me dit que la première journée est très bizarre en raison du manque d’humidité dans l’air. Ils s’hydratent et ils ont eu la gorge asséchée par l’air sec et frais à leur arrivée en Europe. Une journée aura été nécessaire pour qu’ils s’habituent à nos latitudes. Progressivement, la salle se remplit de coureurs de diverses nationalités mais la plupart sont européens (suisses, allemands) malgré un nombre assez conséquent de touristes asiatiques, coréens pour la plupart.
 
10h30 : mon dossard est récupéré auprès de l’organisation de la course et l’on nous gratifie d’un très beau sac à dos léger pour fêter le 25e anniversaire de la course. Des sourires, de la gentillesse et une ambiance comme je les aime. C’est toujours aussi fun de se trimbaler dans ce type d’endroit où l’on nous vend courses, produits, chaussettes, bref le lieux parfait dans le cas où l’on aurait omis d’apporter nos affaires…
 
De retour à l’hôtel, je prépare mon sac car je vais crapahuter, marcher une bonne partie de la journée pour me préparer physiquement. Boisson, pain, pâte, jumelles et appareil photo. Je vais en profiter pour faire quelques réglages avec ma montre GPS. Le départ se fait au pied de la station du funiculaire qui emmène le public à Harder Klum, point de vue surplombant la ville à 1322 m. Le chemin est raide dans les bois et chaque pas me permet d’estimer mon état de forme. Je croise des touristes hollandais accompagnés d’un guide et j’en profite pour échanger quelques mots.
 
Quelques arrêts aussi pour profiter du magnifique point de vue sur la vallée. Je pense au Reculet à ces montées longues et douloureuses où il fallait trouver son second souffle. La magie de la forêt de sapins, le silence, la lumière qui s’infiltre à travers les branchages, les belles prairies vertes qui ponctuent ma randonnée. Je suis bien, la paix, la sérénité. Zen. Je ne suis pas inquiet pour demain, j’y pense sans trop me poser de questions. On verra.
 
La montagne est là et l’on aperçoit au loin l’entrée de la vallée qui mène à Lauterbrunnen. La pause déjeuner est un instant d’échanges et de discussion concernant le marathon : un couple d’anglais de Brighton venus en famille participent demain à l’épreuve. Nous partageons la même interrogation : comment serons-nous demain ? C’est l’inconnu mais nous prenons cela avec une certaine décontraction. La météo annonce de la pluie et une baisse des températures pour demain. Le contraste est saisissant avec ce soleil se montre fort généreux et ce ciel bleu magnifique émaillé de quelques nuages.
 
Nous contemplons la montagne en silence et commençons à faire connaissance. Elle est généreuse, elle nous accueille les bras ouverts mais elle est sans pitié. 17h. Je ne tarde pas trop à rentrer. Il me faudra une heure et demie pour revenir en ville. Je choisis l’autre versant pour redescendre, principalement du chemin forestier et je veille à bien positionner mes pas afin d’éviter de me blesser car le parcours est glissant.
 
Arrivé à l’hôtel, je consacre ma soirée à la préparation de mon sac. Dossard, gels, kway, gants… Je pense à ne rien oublier et n’hésite pas à ajouter des vêtements en double vu les températures prévues. Je suis couché à 23h45.
À suivre…

Récit marathon de la Jungfrau 2017 (1/4)

1 – PARIS-BERNE
Le choix d’une marathon n’est jamais très simple quand on s’oblige à en courir un seul par pays… Quand on élimine ceux qui sont trop fantaisistes, ceux dont les inscriptions sont ensuite tirées au sort, les trop boulimiques, les anecdotiques et les casse-pattes… il ne reste pas grand chose. (Le marathon de Tours avec mes cousins mis fin à cette règle “idiote” que je m’étais imposé).
Mon budget à chaque fois est ajusté et j’évite de trop rogner sur l’hébergement et la nourriture. Je reste toujours aussi fan de lieux où la culture a une place importante. Mon meilleur marathon fut sans aucun doute Berlin puis viennent ensuite Athènes et… Lausanne. N’étant plus tenu par mon « serment », je me retrouvais donc pour la seconde fois à participer à une course en Suisse.
Lausanne avait été une très belle aventure et mon premier marathon hors de France. Je garde un très bon souvenir de cette course, la fraicheur et la sérénité du lac, la magie du paysage, de ces vignes accrochées au flanc de la montagne. Cela reste encore aujourd’hui une émotion forte et inoubliable.
C’est une image qui retint mon attention et m’incita à m’intéresser à la Junfrau. C’est celle d’une lignée de coureurs marchant les uns derrière les autres, silhouette courbée et en arrière-plan l’imposante montagne et ses quelques amas de neige. Je me suis imaginé des situations où le froid venait nous saisir violemment, le manque d’oxygène, des douleurs atroces aux jambes, la possibilité qu’il neige voire qu’un blizzard atroce vienne sélectionner les plus faibles d’entre-nous. Du délire, des rires mais pas une inquiétude viscérale, non, ce ne sont que 42 kilomètres…
L’inscription se fait rapidement. Encore stimulé par mon voyage au Maroc, j’étais à la recherche de nouvelles sensations. Restait à trouver l’hébergement et le moyen de transport. Le train et l’avion (hors de prix), je me suis tourné vers le bus. Loin de traverser un continent de long en large, le trajet allait durer 14h (via l’Allemagne) jusqu’en Suisse pour la modique somme de 40 euro l’aller. Banco ! Je passerai donc très rapidement ce chapitre peu intéressant du trajet en bus pour simplement commencer mon récit à partir de Berne.
L’organisation du marathon nous offrait le trajet en Suisse, ce qui allégeait un peu la facture du voyage (merci pour cette contribution non négligeable).
2 – BERNE-INTERLAKEN
Jeudi 7 septembre – 17h20
Arrivée à Berne, je me sens bien. Deux années d’absence et le plaisir de retrouver quelques endroits familiers. La gare souterraine draine son flot d’usagers stressés, d’adolescents connectés et je me retrouve tout seul en arythmie sensorielle dans cette hystérie collective. Une pause Migros pour chercher une bouteille d’eau, une boule de pain… et un tube de Parfait au thon. Les renseignements sont pris, destination d’Interlaken et je me retrouve 20 minutes plus tard dans le train, content de pouvoir enfin étendre mes jambes.
Fatigué, je me laisse bercer par le rythme discret du boggie, le regard hypnotisé par le paysage qui défile tranquillement. La lumière est belle, le ciel azur et les rayons du soleil sont d’un réconfort absolu. Après une trentaine de minutes, l’horizon se fait plus discret et laisse apparaitre les premiers contreforts. Le lac fait une apparition discrète puis il nous accompagnera jusqu’à Interlaken. J’échange quelques mots avec le contrôleur. Très sympa. Il me souhaite une bonne course, en me faisant remarquer qu’espérer faire 5h c’est déjà pas mal…
19h, nous arrivons au terminus Est de la ville. Je pose pied à terre, soulagé et heureux d’être enfin arrivé. Il me faut 20 bonnes minutes pour aller à l’hôtel. Je tombe sous le charme naturel de l’hôtesse à l’accueil qui m’explique en français (!) les commodités et services proposées par l’hôtel durant mon séjour. Tout est propre, moderne et fonctionnel, la classe Swiss Made. Au deuxième étage, je fais connaissance avec mes compagnons de chambrée qui est composée de deux thailandais et de trois coréens.
L’ambiance est conviviale et on speak english. Wifi, lumières de chevet, prises de courant et placards sécurisés, c’est cool. Après avoir rangé mes affaires et préparé “ma couche”, je prends une bonne douche puis quelques minutes de relaxation sont nécessaires pour me reposer et gommer la fatigue de la nuit précédente. J’ai besoin dormir mais je profite, dans la soirée, de faire un petit tour pour m’imprégner de la ville et de ses environs. Demain, retrait des dossards et quartier libre.
À suivre…

Préambule marathon de la Jungfrau 2017

Entre 2012 et 2017, une petite mise au point nécessaire pour reprendre pied.
Depuis Berlin, en 2012, j’avais tenté de me relancer mais quelque chose ne passait plus. Après une année d’arrêt en 2013 pour faire le point, la motivation était encore présente mais la stimulation n’était plus la même. Je me retrouvais seul face à des questions, des pensées.

Pas après Pas. J’avais beaucoup apprécié le marathon de Tours (merci aux cousins), le trail de Montoncourt en 2014 (merci ‘Mélie) et le marathon de Bordeaux en 2015 (merci à Marielle et Stéphanie) m’avait aussi bien remis sur pied. Le marathon de Budapest en octobre 2015 confirmait que j’avais changé de rythme. Malgré l’enthousiasme et le plaisir de retrouver des amis de longue date, de revoir Budapest et le Danube, l’inutilité de courir venait squatter par moment mes pensées. La médiane bleue qui avait jusqu’alors guidé mes pas devenait pointillés. Le deuil… l’absente… les attentats, les médias… Toute cette cacophonie, cette violence intime, cette douleur s’imposait et mon corps même ne voulait plus de tout cela. J’avais trop encaissé les coups, épongé et je me sentais blessé. Une sorte de rejet, de déséquilibre s’installait tout doucement en moi, le corps traumatisé et meurtri, la rupture se profilait à l’horizon.

Le marathon de Barcelone en mars 2016 fut une preuve supplémentaire que je n’étais pas en phase : l’achat d’une paire de chaussures 3 semaines avant la course, le manque de rigueur à l’entrainement, la panne de ma montre GPS la veille de l’épreuve… J’avais failli arrêter au semi, démotivé, ne sachant plus où j’en étais. Je ressentais mes émotions, les acceptais mais je ne pouvais renoncer si facilement. Le voyage m’avait permis néanmoins de profiter du dépaysement et d’apprécier la richesse culturelle de la ville.
Un long break était nécessaire puis une reprise de l’entrainement avec comme objectif de me remettre à courir avec passion. J’y croyais encore. En novembre 2016, Athènes fut comme un pèlerinage, un retour aux sources du marathon, un rendez-vous avec l’Histoire, la Paix, la culture, l’art et courir sur les traces des premiers coureurs m’enchantait malgré ces 16 kilomètres de côtes. J’avais couru avec un rameau d’olivier qu’un enfant m’avait donné au 3e kilomètre et je l’ai gardé durant toute l’épreuve. L’arrivée au Panathenaic Stadium fut chargée d’émotions : première arrivée dans un stade et mes pensées les plus tendres pour mon cousin Fabrice, mon petit frère.

Quelques semaines après Athènes, je sortais pour gommer une dure journée de travail en allant comme d’habitude courir, mordre le bitume, bouffer du km. Il pleuvait et la fraîcheur de la soirée m’invitait à me détendre mais des larmes firent leur apparition, le long de ces rues ruisselantes. Je m’étais arrêté plusieurs fois pour reprendre mes esprits mais la souffrance s’imposait : rien n’allait. Que faire ? J’étais seul, terriblement seul sous cette pluie à chialer. Inutile de demander de l’aide car dans ses moments-là, les conseillers ne répondent que par l’indifférence ou l’incompréhension.

Vérité. Tel un apnéiste, je suis aller chercher les réponses au plus profond de moi pour les ramener à la surface. Inutile de tricher. La course à pied m’avait mis devant le fait accompli : on ne peut pas se mentir quand on demande autant d’effort et de sacrifices. Comprendre, verbaliser, recalibrer, nettoyer et protéger l’authentique, le cœur, les sentiments… ponctionner uniquement la souffrance. À chaque sortie j’ai donc “travaillé alors mon karma” comme l’aurait dit Earl. Sans arrêt, sans relâche mais avec foi et honnêteté, je suis allé chercher la vérité croupie au fond de moi.
Accepter et avancer. Il y eu des coupures, des ruptures, de la violence dans les mots, des doutes, du ras-le-bol mais petit à petit les blessures devinrent des vérités pas souvent agréables à accepter. Reconnaitre ses mécanismes de défense, ses masques et accepter d’être nu face, fragile, vulnérable et en accord avec ma propre nature.

Rebondir. En janvier 2017, le marathon de Marrakech* fut l’occasion d’effectuer mes premiers pas en Afrique. Des températures agréables pour un mois de janvier, des faux plats, de longues avenues, une nouvelle expérience dans la continuité d’Athènes. Un de mes rêves effleuré aussi, celui de tutoyer le désert. Ressentir l’intemporalité, l’intensité face à cet espace minéral dénué de repères. La beauté de la nuit étoilée, les couleurs au lever et coucher du soleil, le souffle figé par le froid saisissant du matin, le silence des pas feutrés des dromadaires, c’était magique. Il y avait aussi ces rencontres à Marrakech et Casablanca. J’appréciais de nouveau l’inconnu, la découverte de l’autre et l’envie d’en apprendre encore un peu plus sur le Monde. 9 mois séparaient le Maroc de la Suisse. 9 mois… c’était très court.
Afin d’y voir plus clair, Enlever cette tension, cette dépendance à la caféine et au sucre pour retrouver l’apaisement et le relâchement physique : thé vert et tisanes aux plantes. Fini la glycémie qui vous épuise physiquement et vous conditionne tel un junkie. Mes pensées devinrent plus concises et ordonnées malgré un travail épuisant. Fini les réveils difficiles, les fringales en milieu de matinée. Je reprenais l’entrainement à dose homéopathique, tout doucement. Mon temps de base en cas d’échec était fixé à 4 heures donc je n’avais rien à craindre. Plus question de faire 3 sorties hebdomadaires. Il me fallait retrouver du plaisir avant tout et se trouver de nouvelles thématiques, de nouveaux jeux : des bosses, des montées, des circuits improvisés… la liberté. En surpoids, proche des 70 kilos, je me souvenais encore de la dynamique et de la réactivité musculaire quand je courais à 13,5 km/h à Berlin, c’est très dur. La tension musculaire n’était plus la même.

Fin août, je n’étais pas prêt physiquement mais néanmoins serein et désirant d’en apprendre toujours un peu plus et continuer à avancer quoi qu’il arrive.

Récit marathon de Marrakech 2017 3/3

3/3 Marathon de Marrakech- Janvier 2017
Retour à Paris – Dimanche 5 février 2017 Du sable désormais circule dans mes veines… Le retour s’est fait en douceur comme pour ne pas effleurer les souvenirs et les sensations encore omniprésentes. Le contraste fut très violent après une semaine d’immersion au Maroc : ici tout est rangé, trop calme, trop structuré. Ce matin, la fraîcheur et la pluie m’ont purifié comme pour me rappeler ô combien Marrakech était belle, furieuse et indomptable. Intérieurement, quelque chose à changé. Je ne suis plus le même. J’ai encore en moi cette frénésie touristique et économique, le contraste du caractère suffoquant de la ville dans la journée et des matins de fraîcheur à arpenter très tôt les rues encore désertes de la Médina. Le silence des jardins secrets du Palais de la Bahia, des riad protégés par de hauts murs et accessibles par de lourdes portes en bois, la blancheur immaculée des tombes du cimetière juif de Miaraa, le contraste du bleu de Klein et de la végétation exultante du Jardin Majorelle… Le labyrinthe bienveillant de la kasbah et ses multiples cul-de-sac…
Marrakech m’a fasciné par cette même immersion ressentie à Istanbul : apprendre à s’oublier parmi tant d’autres, parmi tant d’existences, écouter et vivre au rythme des battements de la cité. Casablanca la blanche m’a parut plus sensée, apaisée par la fraîcheur et l’influence de l’océan. Visite d’un palais, de la Grande Mosquée, l’architecture, l’artisanat et l’omniprésence d’une expression artistique valorisée par la religion à travers la calligraphie, les zelliges, la sculpture, la gravure. J’adhère alors totalement à cette expression artistique d’une foi raisonnée et quasi-millénaire… plutôt qu’à celle d’une vulgaire caricature pondue par un esprit étriqué. Je me sens encore imprégné, marqué au plus profond de mon âme par le silence intemporel du désert (et sa magnifique voûte céleste) qui vous dénude, vous draine intérieurement, purifiant, méditant et apaisant. Revenir à l’origine, à cette vérité, à soi, à l’essence même de cette Humanité qui nous a vu naître un jour. Nous, êtres d’eau et de sel face à cette minéralité ancestrale… nous n’existons plus.
Ce voyage au Maroc restera inoubliable et déjà cette culture me rappelle comme un lointain écho, entre azurs et ciels étoilés : je reviendrai te côtoyer pour un peu plus m’abandonner. “Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace. » Alexandra David-Néel

18 octobre 2016 > Prépa Athènes

Deux nouvelles sorties avec alternance faux-plats et côtes. Toujours aussi dur mais après une bonne heure, c’est nickel. Le fait de s’amuser, de créer de nouveaux modules urbains me réjouis. L’idée que cela dure tout l’hiver et fasse ses preuves au printemps m’enchante. La motivation est là, je dois juste veiller à bien écouter mon corps et notamment faire attention aux genoux ainsi qu’au nouveaux groupes de muscles sollicités sur ce type de dénivelé.
J’allonge le circuit en essayant de me projeter sur Athènes, longues lignes droites plus faux plat et côtes. Gestion et assimilation de la douleur sur de longs faux plats, récupération en plein effort et relance.
Je vais continuer à allonger les séances tout en faisant intervenir le dénivelé à différents endroits afin de ne pas rester dans un confort idéal de course.