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13 novembre 2016 – Marathon d’Athènes 1/2

Marathon d’Athènes (2016) – 1ère partie

Contexte
2015 fut une année difficile, entre une actualité insupportable imposée à la Kalashnikov, un travail épuisant et peu valorisant et une peine de cœur dont les effets allaient s’avérer être destructeurs sur plusieurs mois.

En novembre 2015, je participais au marathon de Budapest (voir récit) et j’y avais retrouvé mes amis hongrois, Eta et Dodo. Durant trois jours, leur compagnie m’avait fait du bien, je les aime énormément. J’appréciais les apparitions de Dodo, inquiet et attentif au déroulé de ma course : il m’avait suivi sur une grande partie du parcours à vélo. Quand à Eta, sa bonhomie et son enthousiasme me remplissaient de joie comme au premier jour de notre rencontre en Vendée, en août 1988. Je les aime.

Voyager, fuir, partir loin était pour moi l’occasion de faire le point et de prendre du recul même si, sur le fond, rien n’était encore réglé. J’ai toujours apprécié cet anonymat des courses, entouré d’innombrables coureurs à pied de toutes nationalités, mes compagnons de route, mes fibreux, mes amis dévoreurs de bitume.
Quelques mois plus tard, en mars 2016, respectant mon calendrier de deux épreuves annuelles, je me retrouvais à Barcelone pour le marathon qui s’était à peu près bien passé malgré la panne de batteries de mon cardio-fréquencemètre et une paire de chaussures de courses insuffisamment travaillées provoquant quelques échauffements au niveau de la voûte plantaire.
Avec cette parenthèse ibérique, j’avais provisoirement cautérisé mes peines de cœur mais la reprise de l’entraînement fut toutefois pénible, révélateur de ma souffrance intime et de nombreuses séances solo finirent en larmes. L’intérêt et la motivation diminuaient. Je me sentais physiquement vidé. Les émotions avaient eu raison de mon corps qui désormais souffrait et appelait à l’aide.
J’avais limité mes sorties à deux séances de moins d’une heure par semaine, sur une durée de deux mois avant plusieurs semaines d’interruption… pour ne reprendre à nouveau espoir fin août 2016.
J’avais alors choisi la ville d’Athènes car je voulais symboliquement aller à la source, là où tout avait commencé. De plus, amoureux des vielles pierres, c’était une nouvelle opportunité d’apprécier le patrimoine archéologique de la ville ainsi que son histoire millénaire.

Pour la préparation, quelques séances de côte en Suisse normande furent programmées afin de travailler mes appuis et soutenir un effort sur quelques longues pentes à 15%. La configuration du marathon d’Athènes m’imposait un travail sur du dénivelé vu que le 2e tiers de la course constituait en une succession de cotes ! Pour ma foulée, je ne changeais rien ; pour le cœur, je devais juste garder espoir et croire en de jours meilleurs au sens propre comme au figuré…

Je prépare toujours consciencieusement mes voyages : partir seul, en mode économique avec ma petite de valise de cabine bleue, minimum requis, repérages et conseils glanés sur internet, cartes, épingles, horaires, transports et choix de l’hôtel par rapport au budget et à l’arrivée de la course… tout est calculé et évalué pour limiter les déplacements et surtout voyager lé-ger. J’aime beaucoup lire les cartes, m’imaginer déambuler dans les rues avant même d’y avoir réellement mis les pieds. Comme dans la vie, la réalité est toujours différente de l’image fantasmée…

Caen – Vendredi 11 novembre
Le départ de la gare de Caen très tôt le matin. J’éprouve toujours une légère excitation composée par le doute et un sentiment de frayeur combinés : s’offrir à la multitude, aux regards des autres, partir loin… et tenter de revenir. Tout va bien se passer, faire confiance.
Après 2h30 de voyage, j’arrive à la gare St-Lazare. Direction direction Denfert-Rochereau via le métro pour récupérer l’Orly-Bus. Départ du terminal quelques heures plus tard pour un vol avec Transavia : 3h10 sans escale, direction l’aéroport international d’Athènes situé à 33 km du centre-ville. Durant le vol, je survole Berne et de très bons moments passés dans la capitale helvétique ; quelques minutes plus tard, j’aperçois au loin Interlaken côtoyée par ses deux lacs et le sommet de la Jungfrau (je participerai un an plus tard au départ de ce marathon, comme promis) : les souvenirs et les émotions restent intacts, le spectacle est magnifique.

Arrivé à l’aéroport, je rejoins la procession touristique qui comme des lemmings, s’activent et font la queue pour récupérer un ticket de bus afin de rejoindre le centre-ville. Il fait beau, les paysages sont superbes, je suis ému.

Athènes.
Direction l’auberge de jeunesse située au pied du parthénon, près de la porte d’Hadrien. Confort minimum en lit bannette, accueil agréable, cour intérieure isolée et idéale pour se reposer. Le check-in est fait. Passons maintenant à l’exploration des alentours.

Je rejoins en fin de journée Alain et Marielle, mes cousins de Bormes-les-Mimosas. Ils me font la gentillesse de faire une étape de trois jours sur Athènes avant de partir pour les îles grecques et seront là dimanche à l’arrivée (super !). Nous dînons le soir au pied de la cité antique dans un de ces sympathiques restaurants touristiques. Malgré une carte alléchante, mon estomac est en vrac et n’apprécie guère la soupe, ni la salade vinaigrette / blanc de poulet… au grand désespoir du serveur. Je suis légèrement nauséeux et rien ne passe comme si c’était une gastro. Une bonne nuit de sommeil et un grand soda matinal me remettront sur pied.

Samedi 12 novembre
Visite hallucinée du Parthénon le matin sous un éclatant ciel bleu avec les cousins et en milieu d’après-midi, descente vers le port du Pyrée pour y récupérer mon dossard et les instructions au palais des sports distant de plusieurs kilomètres. J’en profite pour marcher durant de longues heures, comme à mon habitude, la veille de la compétition. Le soir, repas léger, préparation de mes affaires et couché de bonne heure avec ce sentiment d’incrédulité : demain, c’est le grand jour.

Dimanche 13 novembre
Réveil à 4h30. La nuit fut courte mais reposante. Un petit tour au coin d’aisance, un thé sucré avec quelques morceaux de pain. Rien de lourd, le ravitaillement se chargera de m’apporter les quelques apports nécessaires. Courir léger. Mon sac est prêt, short, t-shirt et rechanges sont prévues. Une petite angoisse m’accompagne en refermant délicatement la porte de ma chambre. Combien seront-nous au départ du bus ? Quelle sera la météo ? Comment ma course va-t-elle se dérouler ?
Je sors de l’auberge de jeunesse, souhaitant silencieusement aux colocataires encore endormis de profiter de ces dernières heures de sommeil. Il est 5h30. Les rues sont désertes et la fraîcheur m’accompagne le long de l’artère principale qui remonte en direction de la place Kotziá. Après 20 minutes de marche, j’arrive au point de rendez-vous, place de l’hôtel de ville d’Athènes. Plusieurs bus sont déjà là, moteurs au ralentit. Je rejoins un des groupes de coureurs qui font la queue. Vérification faite, je suis autorisé à me laisser absorber par la promesse d’un confort transitoire : un siège, un peu de chauffage mais surtout la joie de retrouver ma seconde famille. Tout en rangeant nos affaires, nous faisons connaissance, échangeons sourires et regards complices, tous liés par cette excitation partagée.

6h00 – Les premiers bus partent et après quelques minutes d’attente, nous quittons enfin Athènes par l’autoroute 54, direction Marathon. Cette interlude collégiale est l’occasion d’échanger durant ces 50 minutes avec ma voisine grecque venue seule concourir le marathon et ayant loué un appart’ sur Athènes pour le week-end…Je suis sous le charme. Nos discussions liées à notre épreuve commune est parfois interrompue par l’attention que nous portons au paysage qui défile sous nos yeux. Nous sommes partis depuis maintenant vingt minutes et la banlieue étend encore son emprise malgré les kilomètres parcourus. Ponts autoroutiers, boulevards, commerces, habitations à moyenne densité, le bus file à vive allure dans cette l’agglomération encore somnolente, serpentant sur ce long ruban bitumeux, tentant d’échapper aux contreforts de la métropole athénienne.
Je me rends compte que le trajet effectué à vive allure sera emprunté par nous autres dans l’autre sens en courant ! Entre effroi et résignation, j’accepte cette vérité qui, je le ressens, a désormais influencé l’espérance de l’ensemble des participants présents dans ce bus. Derniers instants partagés qui scellent provisoirement la conviction que nous signons toujours en pleine conscience et que nous ne maîtrisons pourtant cette épreuve avec une certaine dose d’inconscience…

7h15 – Nous descendons du bus, récupérons nos sacs de rechange et nous nous dirigeons vers notre point de rendez-vous. Le départ est fixé à 9h. Hélas, j’ai perdu de vue ma voisine en sortant du bus, ni même retenu le numéro de son dossard…
Malgré la fraîcheur matinale, tout le monde est actif et j’apprécie de retrouver ma famille polyglotte. J’absorbe cette vitalité. Je me sens bien. Je passe plus d’une heure à déambuler dans le stadium, à écouter, ressentir cette énergie qui nous anime. L’aurore console désormais nos âmes impatientes, réconfortant nos physiques apprêtés. Tels des animaux à sang froid, nous profitons de la promesse des premiers rayons du soleil pour nous ressourcer avant que ce dernier ne vienne nous rappeler par son intensité, plus tard dans la matinée, qu’il ne fait pas si bon de courir sans préparation au pays de notre très cher père Phidippidès.

8h30 : Je suis prêt. Je me dirige vers la sortie du stade puis sur le boulevard pour me placer dans le sas qui m’est attribué. Nous y sommes… C’est magnifique de se retrouver parmi tant d’autres. Je me sens bien. Quelques minutes plus tard, nous entonnons le serment olympique.
Athlete oath (serment olympique) juste avant le départ et le bras levé : ceci correspond à un geste de la Grèce antique.
« Au nom de tous les concurrents, je promets que nous prendrons part à ces Jeux Olympiques en respectant et en suivant les règles qui les régissent, en nous engageant pour un sport sans dopage et sans drogues, dans un esprit de sportivité, pour la gloire du sport et l’honneur de nos équipes »

Encore à cet instant où je saisis ces quelques lignes, je suis ému par ce serment et le souvenir d’avoir partagé cet instant de communion avec mes camarades d’un nouveau jour.

À suivre…

Récit marathon de la Jungfrau 2017 (3/4)

JOUR J
 
Samedi 9 septembre – 6h30
Chaque matin de course est toujours teinté d’un léger pressentiment, d’une légère tension intérieure. On prépare consciencieusement ses affaires, le tracé est étudié et le plan de course approuvé mais ce matin-là, je ne suis pas prêt comme j’aurai dû l’être auparavant.
 
J’ai renoncé à écouter ma voix intérieure, j’ai négligé mon corps, l’équilibre est rompu. La tension musculaire nécessaire pour répondre à l’effort demandé n’a plus la même intensité. Je sais que j’ai les capacités pour finir cette course mais il faut désormais négocier avec un nouveau paramètre : la motivation.
 
Oui, je reconnais mes faiblesses et je vais devoir adapter une nouvelle approche. Il y a 9 mois, je pensais remonter la pente, ce matin je vais l’affronter. Mon petit déjeuner prend des allures de cérémonial. Je suis calme, silencieux, détendu et conscient de ma situation. Quelques tranches de pain, un bon mug de thé et deux verres de jus de fruits sont mon premier ravitaillement de la matinée. Après avoir salué mes coéquipiers et leur souhaiter bon courage, je me dirige vers le point de rendez-vous.
 
8h00 : Je dépose mon sac. C’est l’effervescence et je ressens une certaine fébrilité. Nous partons dans 30 minutes et tout le monde se bouscule à l’approche des consignes. Je me dirige vers la ligne de départ, secteur 1, surclassé… pour avoir donné mon meilleur temps au marathon. Aïe ! Je me retrouve malgré moi dans les 4h – 4h30. Je me sens comme un cheval de trait parmi des purs sang anglais… Qu’importe. Short, gants, veste autour de la taille, casquette… je suis prêt.
 
8h15 : Je m’échauffe, trottine, respire tranquillement. Il fait frais, la météo correspond au prévisions, c’est bon signe. J’observe, je m’imprègne de l’ambiance festive et électrique. On distribue des drapeaux suisse pour le 25e anniversaire de la course mais je ne m’encombre pas de cela, j’en récupérerai peut-être un plus tard.
 
KM0 : Nous franchissons la ligne de départ à 8h30 et maintenant c’est l’inconnu. Les premiers kilomètres se font tranquillement en évitant le rush. Je suis en mode économique jusqu’à la fin : 140 pulsations par minute, 10 km/h de moyenne. Je compte faire le semi en deux heures puis la seconde partie en 2h30-3h si tout va bien.
 
KM7,4 – 39 mn – Boningen Mon rythme est trop élevé et je ne cesse de me faire doubler. Nous quittons la ville pour longer le torrent en direction de l’entrée de la vallée.
 
KM10 – 55 mn de course – Wilderswil
Le premier village se traverse sans trop de difficultés, encouragés par le public, la fanfare et les jeux de cloches. Un raidillon, un faux plat puis une belle montée nous imposent leurs rythmes. Je me sens contrarié par la soudaineté et la dureté de l’effort. Je me remémore le trail de Montoncourt : la course n’est qu’une succession de tensions, de relâchements musculaires auquel il faut associer un mental sans cesse mis à l’épreuve. C’est ce qui est le plus difficile. Ce séquençage physique et psychologique est à l’opposé de ce que j’appliquais jusqu’à présent sur un marathon où l’effort se distillait avec finesse et justesse tout au long de la course. C’est dur. Le chemin continue sa légère ascension, drainant ce long cortège processionnaire, tantôt abrité par les bois, tantôt ouvert sur une prairie arborée. L’humidité, le torrent et ses multiples avatars nous accompagnent en serpentant, alternant accès de fureur et tourments canalisés. Mon souffle est régulier, je me sens bien dans cette fraicheur matinale, le soleil est toujours sous la couette et malgré un doute constant pour la suite de la course, je reste confiant.
 
KM15 – 1h24 – Gündlischwald
Nous traversons le village d’une traite pour nous faufiler sur un sentier un peu plus étroit. La voie de chemin de fer nous accompagne jusqu’au 21e kilomètre. Nous avons l’agréable surprise d’être salués et encouragés bruyamment par de nombreux voyageurs-supporteurs partis à la conquête de la Jungfrau. Je m’amuse à comparer cet enthousiasme délirant avec une séquence d’un film de Miyazaki. J’adore. Nous traversons des hameaux nourris par les encouragements des résidents, passons plusieurs ponts en bois, passerelles et raidillons casse-pattes. Au fur et à mesure de notre avancé, notre angle de vue s’élargit progressivement, laissant paraitre une large vallée flanquée de parois rocheuses dont les sommets baignent dans une brume disparate et donne à cette magnifique scène des allures de fjord norvégien.
 
KM20 – 1h52
L’arrivée à Lauterbrunnen se fait dans la douleur : un raidillon à couper les pattes qui débouche sur une route suivit 50 mètres plus loin d’un virage en épingle dont le dénivelé marque le début des festivités. Je lève la tête et regarde au-dessus de moi : c’est haut, c’est franchement pas sympa de nous accueillir ainsi. Après avoir réduit l’allure, je reste constant dans mon effort en essayant de rester concentré. Surtout ne pas marcher. Les acclamations vous aspirent et vous font croire que cette soudaine altération est provisoire : il n’en est rien. Après avoir amorcé le virage, un faux plat de résistance vous est offert pour vous souhaiter la bienvenue. La rue est animée, je voudrais bien sourire mais la grimace est ma seule marque de sympathie à cet instant ! Désolé ! Le ravitaillement n’est pas encore en vue mais quelques instant plus tard, l’apparition soudaine des chutes d’eau du Staubbach (300 m de haut) et de leur longue chevelure filiforme m’illumine de joie. Je reste pantois, en admiration, ému par ce spectacle saisissant. Les habitations situées au pied de ces dernières paraissent comme maisons de poupées et sont condamnées à le rester face à cette nature imposante à vous couper le souffle.
 
KM21 – 2h 05
Je profite d’un bon bouillon chaud (love) distribué au ravitaillement pour faire le point : tout va bien physiquement et le moral est au beau fixe malgré la météo. Je suis content de ce premier semi. Il nous reste 5 km avant d’entamer la montée sur Wengen situé là-haut ! Je repars avec enthousiasme, j’ai hâte d’en savoir plus. La vallée est magnifique malgré cette pluie fine. Le public est nombreux, toujours à nous encourager. C’est réconfortant.
Nous continuons sur 3 kilomètres avant de bifurquer sur la gauche pour revenir sur Lauterbrunnen par la route principale. Un léger dénivelé nous permet de prendre de la vitesse et de récupérer tranquillement Cela fait du bien mais je garde un oeil sur mon cardio. Nous revenons au village et progressons sans trop de difficultés avant d’arriver sur une légère côte qui se négocie sans trop d’effort, un dos d’âne comparé avec ce qui nous attend… Un passage sous la ligne de chemin de fer, une nouvelle montée et au détour d’un virage : le mur ! Nous nous arrêtons net quelques mètres plus loin, stoppés dans notre élan et notre stimulation. La pente est trop raide !!
 
Mon ressenti au KM26 (800 m) : j’ai envie de courir, de me relancer mais c’est physiquement impossible. Je m’arrête pour reprendre mon souffle, tenter de réaliser ce qu’il m’arrive. Nous ne sommes plus seuls ! Dorénavant, il nous faudra marcher ensemble ! Combien de temps avant d’arriver en haut ??? La tête baissée, le regard fixant le sol, le souffle court et les mains sur la taille ou sur les cuisses, je reste concentré, les pieds, mollets, jambes et fessiers chauffent. C’est impressionnant d’entendre les respirations de chacun, de percevoir cette cacophonie qui s’unifie dans un même effort, une même volonté. Lentement, nous progressons en silence, zig-zagons à flanc de montagne, protégés par les bois sur ce chemin long de deux kilomètres. Mon GPS m’indique que la pente est proche des 18%.
Lentement, nous avançons. Je m’arrête un instant pour me redresser. Une jeune femme m’invite à reprendre mon effort. « Kommen » Je m’exécute. Je me sens touché émotionnellement par ce geste de solidarité. Inoubliable sensation d’unité et de respect les uns envers les autres. Plus loin, nous passons un virage en épingle, matraqués par « The Wall » de Pink Floyd mais cela n’altère pas notre motivation.
Nous sortons de la forêt après 30 minutes d’efforts qui nous ont parut une éternité. Repartir… facile à dire. Il me faut quelques pas pour récupérer. Il n’est plus question de temps mais de gérer son effort.
 
KM28 – 3h04 (1100m)
La vue semblait se dégager vu d’en bas, c’est loupé ! Le plafond nuageux est de plus en plus bas. Nous croisons le train à crémaillère, saluons les touristes encapuchonnés et poursuivons notre route. La relance se fait assez facilement et les quelques bosses sont négociées sans difficultés. Néanmoins, nous subissons encore l’exigence de la montagne avec de nombreux faux plats et raidillons qui nous obligent à marcher à nouveau. Le bitume annonce la proximité de Wengen. Enfin, des routes un peu plus horizontales et carrossables… à première vue. Le passage dans le centre-ville est fantastique mais teinté d’une légère inquiétude de ma part. Il nous reste 14 km.
La sortie de Wengen n’est que la confirmation que nous sommes bien en montagne et que le macadam ne vous permet pas forcément de courir plus vite dans un sens ou dans un autre d’ailleurs !! La grimace est de retour et il nous faut encore marcher puis se relancer et encore s’arrêter. Je suis devenu un piéton… La déception, le doute s’invitent à ma table et partagent mes réflexions. « Tu arrives demain matin ou ce soir ??? » Je ne me retourne même pas pour apprécier le panorama. Quitter la ville au plus vite. Nous poursuivons désormais notre randonnée… sur des chemins forestiers.
 
KM35 – 4h12 (1500 m)
« Je vaux moins qu’une vache ! ». Cela fait une plombe que nous marchons activement sur ce chemin et je suis dépité. J’ai besoin de courir… Nous alternons marches rapides et relances en courant sur de courtes distances. Nous sommes tributaires de la moindre variation de relief, du moindre changement de dénivelé. La fatigue s’accumule mais je pense surtout que le temps est terriblement long. Les vaches, les alpages, les sapins, les cailloux (Cabrel) et la brume… la routine. L’humidité est supportable et le ravitaillement toujours le bienvenue (penser à liker la page Facebook du Bouillon chaud de la Jungfrau ! Je me régale, un réconfort pour l’âme et le corps).
 
KM38 – 4h48 (1800 m)
(NDLR : Je vous promets, c’est plus très long…)
Nous entamons la dernière partie de la course et évoluons désormais sur des sentiers de randonnée, étroits, caillouteux, glissants et ravinés. Nous progressons en file indienne, serpentons, franchissons, grimpons, évoluons en silence parmi les rochers et la lande, absorbés par la brume et par nos pensées. Juste devant moi, un coureur tintinnabule et agit comme un lièvre, un repère sonore dans ce paysage fantomatique. Pousser sur les jambes, parfois pointer du pied, s’agripper aux quelques cailloux émergeant du sentier. L’effort est constant, la pente est raide parfois mais le souffle est lent et régulier. Le dernier ravitaillement passé, la dernière soupe ingurgitée et nous repartons de plus belle. Petit embouteillage 100 mètres plus loin et un arrêt de 10 minutes afin que chacun puisse suivre « notre ligne de vie » sans bousculade. Le temps ne compte plus à cet instant. Au loin, le son de la cornemuse, tel le chant des sirènes, comme un hymne à la joie, un réconfort. L’arrivée n’est plus très loin. Un passage abrupte, limite à quatre pattes et la fameuse longue ligne de crête rectiligne précédant les 40,5 km, pente de 15% qui nous met à l’épreuve et nos cuisses hurlent aussitôt. Pas besoin de relever la tête pour savoir où l’on va, fixer le sol, respirer et oublier la douleur. Une pluie fine continue de tomber et le son de la cornemuse nous encourage à ne rien lâcher. On y est !
 
KM40,5 – 5h37 (2100 m)
Salutations au bagpiper, sourires, remerciements d’un geste amical à ceux qui nous libèrent de ces derniers mètres, pour enfin entamer la descente vers la ligne d’arrivée. Le public est de nouveau présent et les encouragements viennent rompre avec ces longs moments de solitude et de fatigue imposée. La piste est rapide et elle glisse par endroits. Il faut veiller à marcher sur des zones empierrées. Je reprends mon souffle, cours à faible allure car nous sommes à flanc de colline. Petite pente et descente à nouveau vers l’autre versant. Un ultime ravitaillement de fortune (pas nécessaire) puis le chemin s’élargit nous permettant ainsi de courir à nouveau. La descente est risquée car la boue, l’eau et les pierres sont difficiles à négocier. Il faut prendre la bonne trajectoire, slalomer entre les coureurs à l’arrêt et ceux qui trottinent. C’est de la folie, je cours comme un dératé, les pieds frappant violemment le sol pour tenter de ralentir. J’éclabousse, je marche dans des flaques d’eau, je suis emporté par mon élan et par la joie de pouvoir enfin avancer, courir, voler. Mes jambes vont bien et mes genoux devraient tenir ! Le passage le long du lac me permet de reprendre mon souffle mais 200 m plus loin, le scénario recommence. Je rigole, j’exulte de joie, j’y suis arrivé (pas vraiment à l’heure) et les 50 derniers mètres se font sous les encouragements du public venus nombreux braver les conditions météo.
 
KM 42,195 – 5h47 (2000 m)
Je franchis la ligne d’arrivée à vive allure mais quelques mètres suffisent pour m’arrêter. C’était juste. Je souffle, je suis content d’avoir pu finir. Un rapide passage pour prendre le t-shirt, la médaille et la fameuse tablette de chocolat suisse, je me bâche et je me dirige vers la station pour enfiler des habits chauds. Je me retourne et contemple le si peu qu’il nous est offert : j’aperçois un semblant de bannière annonçant l’arrrivée et les quelques habitations noyées sous une brume stimulée par un vent cinglant. Le froid est plus vif en raison de l’altitude, je ne dois pas traîner et j’ai hâte de me réchauffer. Il y a beaucoup de monde, entre les coureurs, les amis venus encourager les participants, les touristes et les groupes de scolaires venus visiter la Jungfrau. Ambiance sortie d’un stade de foot mais rapidement, il faut s’abriter car des bourrasques et le froid est de plus en plus difficile à supporter. La tempête arrive.
 
PAUSE
Notre grand vestiaire est situé dans les hangars d’entretien des trains à crémaillère. Le contraste est saisissant : les odeurs, la chaleur humaine, les exclamations, les discussions… Je me change, mange un morceau et je reste assis à me reposer au chaud. Les coureurs arrivent pour certains transits de froid ou épuisés, les membres endoloris, les doigts un peu gelés et incapables de defaire leurs lacets. Les visages sont marqués, les corps mis à mal. Reprendre des forces avant d’affronter à nouveau le froid pour le retour et ne pas choper la crève ! Je reste plongé dans mes pensées durant le retour sur Interlaken J’observe le paysage à travers les carreaux embués du train, les nuages, la silhouette des montagnes cachées par la brume. Je tente de retrouver un passage familier comme pour apprécier encore plus mon confort actuel. Je suis choqué, marqué par cette journée. Je me sens bien mais il s’est passé quelque chose.
À suivre…

Récit marathon de la Junfrau 2017 (2/4)

3 – INTERLAKEN
 
Vendredi 8 septembre – 7h30
Le petit déjeuner se fait en compagnie de mes deux nouveaux camarades thailandais. Nous parlons de course à pied, de voyages. C’est leur premier marathon en montagne et j’interroge l’un deux sur les conditions climatiques. Il me dit que la première journée est très bizarre en raison du manque d’humidité dans l’air. Ils s’hydratent et ils ont eu la gorge asséchée par l’air sec et frais à leur arrivée en Europe. Une journée aura été nécessaire pour qu’ils s’habituent à nos latitudes. Progressivement, la salle se remplit de coureurs de diverses nationalités mais la plupart sont européens (suisses, allemands) malgré un nombre assez conséquent de touristes asiatiques, coréens pour la plupart.
 
10h30 : mon dossard est récupéré auprès de l’organisation de la course et l’on nous gratifie d’un très beau sac à dos léger pour fêter le 25e anniversaire de la course. Des sourires, de la gentillesse et une ambiance comme je les aime. C’est toujours aussi fun de se trimbaler dans ce type d’endroit où l’on nous vend courses, produits, chaussettes, bref le lieux parfait dans le cas où l’on aurait omis d’apporter nos affaires…
 
De retour à l’hôtel, je prépare mon sac car je vais crapahuter, marcher une bonne partie de la journée pour me préparer physiquement. Boisson, pain, pâte, jumelles et appareil photo. Je vais en profiter pour faire quelques réglages avec ma montre GPS. Le départ se fait au pied de la station du funiculaire qui emmène le public à Harder Klum, point de vue surplombant la ville à 1322 m. Le chemin est raide dans les bois et chaque pas me permet d’estimer mon état de forme. Je croise des touristes hollandais accompagnés d’un guide et j’en profite pour échanger quelques mots.
 
Quelques arrêts aussi pour profiter du magnifique point de vue sur la vallée. Je pense au Reculet à ces montées longues et douloureuses où il fallait trouver son second souffle. La magie de la forêt de sapins, le silence, la lumière qui s’infiltre à travers les branchages, les belles prairies vertes qui ponctuent ma randonnée. Je suis bien, la paix, la sérénité. Zen. Je ne suis pas inquiet pour demain, j’y pense sans trop me poser de questions. On verra.
 
La montagne est là et l’on aperçoit au loin l’entrée de la vallée qui mène à Lauterbrunnen. La pause déjeuner est un instant d’échanges et de discussion concernant le marathon : un couple d’anglais de Brighton venus en famille participent demain à l’épreuve. Nous partageons la même interrogation : comment serons-nous demain ? C’est l’inconnu mais nous prenons cela avec une certaine décontraction. La météo annonce de la pluie et une baisse des températures pour demain. Le contraste est saisissant avec ce soleil se montre fort généreux et ce ciel bleu magnifique émaillé de quelques nuages.
 
Nous contemplons la montagne en silence et commençons à faire connaissance. Elle est généreuse, elle nous accueille les bras ouverts mais elle est sans pitié. 17h. Je ne tarde pas trop à rentrer. Il me faudra une heure et demie pour revenir en ville. Je choisis l’autre versant pour redescendre, principalement du chemin forestier et je veille à bien positionner mes pas afin d’éviter de me blesser car le parcours est glissant.
 
Arrivé à l’hôtel, je consacre ma soirée à la préparation de mon sac. Dossard, gels, kway, gants… Je pense à ne rien oublier et n’hésite pas à ajouter des vêtements en double vu les températures prévues. Je suis couché à 23h45.
À suivre…

Récit marathon de la Jungfrau 2017 (1/4)

1 – PARIS-BERNE
Le choix d’une marathon n’est jamais très simple quand on s’oblige à en courir un seul par pays… Quand on élimine ceux qui sont trop fantaisistes, ceux dont les inscriptions sont ensuite tirées au sort, les trop boulimiques, les anecdotiques et les casse-pattes… il ne reste pas grand chose. (Le marathon de Tours avec mes cousins mis fin à cette règle “idiote” que je m’étais imposé).
Mon budget à chaque fois est ajusté et j’évite de trop rogner sur l’hébergement et la nourriture. Je reste toujours aussi fan de lieux où la culture a une place importante. Mon meilleur marathon fut sans aucun doute Berlin puis viennent ensuite Athènes et… Lausanne. N’étant plus tenu par mon « serment », je me retrouvais donc pour la seconde fois à participer à une course en Suisse.
Lausanne avait été une très belle aventure et mon premier marathon hors de France. Je garde un très bon souvenir de cette course, la fraicheur et la sérénité du lac, la magie du paysage, de ces vignes accrochées au flanc de la montagne. Cela reste encore aujourd’hui une émotion forte et inoubliable.
C’est une image qui retint mon attention et m’incita à m’intéresser à la Junfrau. C’est celle d’une lignée de coureurs marchant les uns derrière les autres, silhouette courbée et en arrière-plan l’imposante montagne et ses quelques amas de neige. Je me suis imaginé des situations où le froid venait nous saisir violemment, le manque d’oxygène, des douleurs atroces aux jambes, la possibilité qu’il neige voire qu’un blizzard atroce vienne sélectionner les plus faibles d’entre-nous. Du délire, des rires mais pas une inquiétude viscérale, non, ce ne sont que 42 kilomètres…
L’inscription se fait rapidement. Encore stimulé par mon voyage au Maroc, j’étais à la recherche de nouvelles sensations. Restait à trouver l’hébergement et le moyen de transport. Le train et l’avion (hors de prix), je me suis tourné vers le bus. Loin de traverser un continent de long en large, le trajet allait durer 14h (via l’Allemagne) jusqu’en Suisse pour la modique somme de 40 euro l’aller. Banco ! Je passerai donc très rapidement ce chapitre peu intéressant du trajet en bus pour simplement commencer mon récit à partir de Berne.
L’organisation du marathon nous offrait le trajet en Suisse, ce qui allégeait un peu la facture du voyage (merci pour cette contribution non négligeable).
2 – BERNE-INTERLAKEN
Jeudi 7 septembre – 17h20
Arrivée à Berne, je me sens bien. Deux années d’absence et le plaisir de retrouver quelques endroits familiers. La gare souterraine draine son flot d’usagers stressés, d’adolescents connectés et je me retrouve tout seul en arythmie sensorielle dans cette hystérie collective. Une pause Migros pour chercher une bouteille d’eau, une boule de pain… et un tube de Parfait au thon. Les renseignements sont pris, destination d’Interlaken et je me retrouve 20 minutes plus tard dans le train, content de pouvoir enfin étendre mes jambes.
Fatigué, je me laisse bercer par le rythme discret du boggie, le regard hypnotisé par le paysage qui défile tranquillement. La lumière est belle, le ciel azur et les rayons du soleil sont d’un réconfort absolu. Après une trentaine de minutes, l’horizon se fait plus discret et laisse apparaitre les premiers contreforts. Le lac fait une apparition discrète puis il nous accompagnera jusqu’à Interlaken. J’échange quelques mots avec le contrôleur. Très sympa. Il me souhaite une bonne course, en me faisant remarquer qu’espérer faire 5h c’est déjà pas mal…
19h, nous arrivons au terminus Est de la ville. Je pose pied à terre, soulagé et heureux d’être enfin arrivé. Il me faut 20 bonnes minutes pour aller à l’hôtel. Je tombe sous le charme naturel de l’hôtesse à l’accueil qui m’explique en français (!) les commodités et services proposées par l’hôtel durant mon séjour. Tout est propre, moderne et fonctionnel, la classe Swiss Made. Au deuxième étage, je fais connaissance avec mes compagnons de chambrée qui est composée de deux thailandais et de trois coréens.
L’ambiance est conviviale et on speak english. Wifi, lumières de chevet, prises de courant et placards sécurisés, c’est cool. Après avoir rangé mes affaires et préparé “ma couche”, je prends une bonne douche puis quelques minutes de relaxation sont nécessaires pour me reposer et gommer la fatigue de la nuit précédente. J’ai besoin dormir mais je profite, dans la soirée, de faire un petit tour pour m’imprégner de la ville et de ses environs. Demain, retrait des dossards et quartier libre.
À suivre…

Préambule marathon de la Jungfrau 2017

Entre 2012 et 2017, une petite mise au point nécessaire pour reprendre pied.
Depuis Berlin, en 2012, j’avais tenté de me relancer mais quelque chose ne passait plus. Après une année d’arrêt en 2013 pour faire le point, la motivation était encore présente mais la stimulation n’était plus la même. Je me retrouvais seul face à des questions, des pensées.

Pas après Pas. J’avais beaucoup apprécié le marathon de Tours (merci aux cousins), le trail de Montoncourt en 2014 (merci ‘Mélie) et le marathon de Bordeaux en 2015 (merci à Marielle et Stéphanie) m’avait aussi bien remis sur pied. Le marathon de Budapest en octobre 2015 confirmait que j’avais changé de rythme. Malgré l’enthousiasme et le plaisir de retrouver des amis de longue date, de revoir Budapest et le Danube, l’inutilité de courir venait squatter par moment mes pensées. La médiane bleue qui avait jusqu’alors guidé mes pas devenait pointillés. Le deuil… l’absente… les attentats, les médias… Toute cette cacophonie, cette violence intime, cette douleur s’imposait et mon corps même ne voulait plus de tout cela. J’avais trop encaissé les coups, épongé et je me sentais blessé. Une sorte de rejet, de déséquilibre s’installait tout doucement en moi, le corps traumatisé et meurtri, la rupture se profilait à l’horizon.

Le marathon de Barcelone en mars 2016 fut une preuve supplémentaire que je n’étais pas en phase : l’achat d’une paire de chaussures 3 semaines avant la course, le manque de rigueur à l’entrainement, la panne de ma montre GPS la veille de l’épreuve… J’avais failli arrêter au semi, démotivé, ne sachant plus où j’en étais. Je ressentais mes émotions, les acceptais mais je ne pouvais renoncer si facilement. Le voyage m’avait permis néanmoins de profiter du dépaysement et d’apprécier la richesse culturelle de la ville.
Un long break était nécessaire puis une reprise de l’entrainement avec comme objectif de me remettre à courir avec passion. J’y croyais encore. En novembre 2016, Athènes fut comme un pèlerinage, un retour aux sources du marathon, un rendez-vous avec l’Histoire, la Paix, la culture, l’art et courir sur les traces des premiers coureurs m’enchantait malgré ces 16 kilomètres de côtes. J’avais couru avec un rameau d’olivier qu’un enfant m’avait donné au 3e kilomètre et je l’ai gardé durant toute l’épreuve. L’arrivée au Panathenaic Stadium fut chargée d’émotions : première arrivée dans un stade et mes pensées les plus tendres pour mon cousin Fabrice, mon petit frère.

Quelques semaines après Athènes, je sortais pour gommer une dure journée de travail en allant comme d’habitude courir, mordre le bitume, bouffer du km. Il pleuvait et la fraîcheur de la soirée m’invitait à me détendre mais des larmes firent leur apparition, le long de ces rues ruisselantes. Je m’étais arrêté plusieurs fois pour reprendre mes esprits mais la souffrance s’imposait : rien n’allait. Que faire ? J’étais seul, terriblement seul sous cette pluie à chialer. Inutile de demander de l’aide car dans ses moments-là, les conseillers ne répondent que par l’indifférence ou l’incompréhension.

Vérité. Tel un apnéiste, je suis aller chercher les réponses au plus profond de moi pour les ramener à la surface. Inutile de tricher. La course à pied m’avait mis devant le fait accompli : on ne peut pas se mentir quand on demande autant d’effort et de sacrifices. Comprendre, verbaliser, recalibrer, nettoyer et protéger l’authentique, le cœur, les sentiments… ponctionner uniquement la souffrance. À chaque sortie j’ai donc “travaillé alors mon karma” comme l’aurait dit Earl. Sans arrêt, sans relâche mais avec foi et honnêteté, je suis allé chercher la vérité croupie au fond de moi.
Accepter et avancer. Il y eu des coupures, des ruptures, de la violence dans les mots, des doutes, du ras-le-bol mais petit à petit les blessures devinrent des vérités pas souvent agréables à accepter. Reconnaitre ses mécanismes de défense, ses masques et accepter d’être nu face, fragile, vulnérable et en accord avec ma propre nature.

Rebondir. En janvier 2017, le marathon de Marrakech* fut l’occasion d’effectuer mes premiers pas en Afrique. Des températures agréables pour un mois de janvier, des faux plats, de longues avenues, une nouvelle expérience dans la continuité d’Athènes. Un de mes rêves effleuré aussi, celui de tutoyer le désert. Ressentir l’intemporalité, l’intensité face à cet espace minéral dénué de repères. La beauté de la nuit étoilée, les couleurs au lever et coucher du soleil, le souffle figé par le froid saisissant du matin, le silence des pas feutrés des dromadaires, c’était magique. Il y avait aussi ces rencontres à Marrakech et Casablanca. J’appréciais de nouveau l’inconnu, la découverte de l’autre et l’envie d’en apprendre encore un peu plus sur le Monde. 9 mois séparaient le Maroc de la Suisse. 9 mois… c’était très court.
Afin d’y voir plus clair, Enlever cette tension, cette dépendance à la caféine et au sucre pour retrouver l’apaisement et le relâchement physique : thé vert et tisanes aux plantes. Fini la glycémie qui vous épuise physiquement et vous conditionne tel un junkie. Mes pensées devinrent plus concises et ordonnées malgré un travail épuisant. Fini les réveils difficiles, les fringales en milieu de matinée. Je reprenais l’entrainement à dose homéopathique, tout doucement. Mon temps de base en cas d’échec était fixé à 4 heures donc je n’avais rien à craindre. Plus question de faire 3 sorties hebdomadaires. Il me fallait retrouver du plaisir avant tout et se trouver de nouvelles thématiques, de nouveaux jeux : des bosses, des montées, des circuits improvisés… la liberté. En surpoids, proche des 70 kilos, je me souvenais encore de la dynamique et de la réactivité musculaire quand je courais à 13,5 km/h à Berlin, c’est très dur. La tension musculaire n’était plus la même.

Fin août, je n’étais pas prêt physiquement mais néanmoins serein et désirant d’en apprendre toujours un peu plus et continuer à avancer quoi qu’il arrive.

Récit marathon de Marrakech 2017 3/3

3/3 Marathon de Marrakech- Janvier 2017
Retour à Paris – Dimanche 5 février 2017 Du sable désormais circule dans mes veines… Le retour s’est fait en douceur comme pour ne pas effleurer les souvenirs et les sensations encore omniprésentes. Le contraste fut très violent après une semaine d’immersion au Maroc : ici tout est rangé, trop calme, trop structuré. Ce matin, la fraîcheur et la pluie m’ont purifié comme pour me rappeler ô combien Marrakech était belle, furieuse et indomptable. Intérieurement, quelque chose à changé. Je ne suis plus le même. J’ai encore en moi cette frénésie touristique et économique, le contraste du caractère suffoquant de la ville dans la journée et des matins de fraîcheur à arpenter très tôt les rues encore désertes de la Médina. Le silence des jardins secrets du Palais de la Bahia, des riad protégés par de hauts murs et accessibles par de lourdes portes en bois, la blancheur immaculée des tombes du cimetière juif de Miaraa, le contraste du bleu de Klein et de la végétation exultante du Jardin Majorelle… Le labyrinthe bienveillant de la kasbah et ses multiples cul-de-sac…
Marrakech m’a fasciné par cette même immersion ressentie à Istanbul : apprendre à s’oublier parmi tant d’autres, parmi tant d’existences, écouter et vivre au rythme des battements de la cité. Casablanca la blanche m’a parut plus sensée, apaisée par la fraîcheur et l’influence de l’océan. Visite d’un palais, de la Grande Mosquée, l’architecture, l’artisanat et l’omniprésence d’une expression artistique valorisée par la religion à travers la calligraphie, les zelliges, la sculpture, la gravure. J’adhère alors totalement à cette expression artistique d’une foi raisonnée et quasi-millénaire… plutôt qu’à celle d’une vulgaire caricature pondue par un esprit étriqué. Je me sens encore imprégné, marqué au plus profond de mon âme par le silence intemporel du désert (et sa magnifique voûte céleste) qui vous dénude, vous draine intérieurement, purifiant, méditant et apaisant. Revenir à l’origine, à cette vérité, à soi, à l’essence même de cette Humanité qui nous a vu naître un jour. Nous, êtres d’eau et de sel face à cette minéralité ancestrale… nous n’existons plus.
Ce voyage au Maroc restera inoubliable et déjà cette culture me rappelle comme un lointain écho, entre azurs et ciels étoilés : je reviendrai te côtoyer pour un peu plus m’abandonner. “Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace. » Alexandra David-Néel

11 octobre 2015 – Marathon de Budapest

Réveil à 7h.
Petit déjeuner rapide et échange avec la french team de l’hôtel, petit groupe de 8 personnes venant de St-Etienne (transit par Genève pour prendre le vol EasyJet). Sourires et discussions sur le tracé de la course. Encouragements et bonne ambiance. Où seront placées les étapes clés ? Dur, facile, difficile… chacun y va de son analyse personnelle. 🙂
8h Retour à la chambre et vérification du sac. Tout y est. On y go ! Direction le métro, Oktogon place. La météo n’est pas très fun en ce dimanche matin : pluie fine et température ne dépassant pas les 10°C. Qu’importe… on verra bien. Dans la station, de nombreux coureurs sont déjà présents. Contrôle des tickets sur le quai. La rame arrive… sans commentaire… c’est blindé !!! Bon, va falloir marcher… Distance estimée : 3 km.

8h30
Dans une heure, le départ. Un petit moment de stress : je pense au vestiaire, la consigne, la foule… ça va le faire. Je me fais dépasser par un couple de Suédois portant un casque de viking bleu et jaune en tissus avec l’inscription Sweeden écrit en gros. Sympa, i like dat spirit ! Il fait frais et cette pluie fine nous accompagne. Je me dirige vers la place des Héros. Petite pensée à nos amis turcs en passant devant l’ambassade… 15 mn plus tard, nous y voilà ! De l’excitation, de la joie de voir autant de participants converger vers le village du marathon. On s’échauffe, on vient déguisés, des policiers, une circulation alternée, des ballons, des barrières, de la musique et la ligne d’arrivée juste là-bas comme pour nous dire « Attrape-moi si tu peux ». Dans 4h ou moins, on y sera. Direction les vestiaires et 15 mn plus tard, le tour est joué. Je suis prêt. La pluie a cessé et désormais il fait bon. Le ciel est toujours laiteux et cela devrait s’arranger dans la matinée. J’ai encore 30 minutes devant moi pour rejoindre la zone des 3h30-4h. Je me balade, regarde, apprécie la diversité des prénoms sur les dossards. Hongrie, France, Danemark, Allemagne, Italie, Afrique du Sud. Chaque coureur vient avec son histoire, son parcours. Tous différents mais tous unis dans un même événement : passionnant. Je kiffe.

9h15
Dans l’enclos. On s’échauffe, la tension monte et le speaker encourage la foule stimulée par une rythmique techno. Quel va être le tube du moment ? On trépigne et déjà les regards se portent sur la ligne de départ, quelques vingtaines de mètres plus loin.

9h30
Notre zone de départ est désormais pleine. Les meneurs d’allure, ceux que nous ne rattraperons jamais, sont désormais partis sous les applaudissements de la foule comptacte et impatiente. Notre tour arrive quelques minutes plus tard… C’est la folie ! Ne pas tomber et rester concentré. C’est fait, je passe sous la structure gonflable qui annonce le début de notre aventure collective. Devant nous, l’inconnu et la joie d’y être enfin. Emportés par notre soif de liberté, nous filons l’avenue Andrássy à un rythme soutenu de 13-14 km/h. Il faut que je retrouve ma vitesse de croisière, ne pas s’affoler. Pour cette première heure, ce sera 12 km/h. Je me focalise donc sur ma foulée. Être régulier et attentif. La position de mes pieds, être légèrement penché, dos aligné, tout est ok, yapuka laisser dérouler. Les changements de macadam s’effectuent durant trente minutes. Le public nous accompagne par ses « bravo » et son entousiasme.

7 km
Premier pont. La pente est bien présente… et nous entamons cette première traversée accompagnés par le tramway sur notre gauche. Les passagers nous observent et nous leur rendons la politesse par quelques sourires et signes de la main. Nous arrivons sur l’île Marguerite (Margit-sziget). Notre petit jogging dominical traverse donc un grand parc boisé parsemé de quelques fontaines mais majoritairement constitué de grandes surfaces gazonnées. Nous continuons, direction nord. Petite montée qui casse bien les guiboles et hop, nous voilà à courir sur le périphérique. Deux voies sur trois sont neutralisées par le marathon. Une longue file de véhicule roulent au pas et viennent, tout comme le tramway, nous accompagner sur environ 250 m. « Mais d’où sortent tous ces coureurs ? »
10 km Seconde phase du parcours : descente le long du Danube sur 5 km. Les ravitaillements constitués au début par des gobelets d’eau sont désormais accompagnés par de la boisson isotonique, des bananes et du sucre. Premier relai du marathon par équipe et il faut garder son calme quand un coureur vous double à toute vitesse… Nous continuons notre longue descente en direction du pont des chaînes (Széchenyi Lánchíd) et Buda sur notre droite est magnifique. La route semble descendre… cela veut dire qu’au retour nous aurons un peu mal aux jambes… A ma gauche, le sublime et féérique parlement hongrois (Kossuth Lajos tér) datant de 1904. Un jour, il faudra que j’aille le visiter.
Arrivée au Pont des chaînes (Széchenyi lánchíd). Nous entamons la longue et mesurée montée de cet ouvrage imposant, veillant à ne pas trébucher ou glisser sur les rails du tramway. A mi-longueur, j’aperçois le tunnel qui traverse la colline du château. Mon rendez-vous est pris à 11h au kilomètre 17 avec Dodo et Eta. Je suis à l’heure. Ma montre m’indique que ses piles sont faibles… Obsolescence programmée en pleine course = déception et inquiétude ! Sur quel rythme vais-je devoir me caler ? Peu importe, pour l’instant, il faut se concentrer sur la course. Virage à droite et hop, une belle montée avant d’entamer la descente qui nous mènera sur la rive du Danube. Les jambes répondent mais bedaine, telle un alien, s’est invitée à la course. Abdo-lescence certifiée ! Cet hiver, il va falloir jouer du gainage et de la salade verte. 😀

17 km
Dodo est là en vélo ! Il m’attend tout sourire avec son appareil photo. Quelle joie ! Je bifurque sur le trottoir et débouche sur Alagút u (??). Une petite pause photo, des rires, de la joie et Eta qui filme du troisième étage !!! Ravitaillement bonheur. Merci d’être là. Je repars ému de cette rencontre et je me fais aspirer par le tunnel. Cela résonne, on cri, on hurle, on gueule ! Petit délire passager (PDP). Petite boucle et hop, nous revoilà sur la berge du Danube. Passer sous les ponts, monotonie et ravitaillements sur 5 km. Beaucoup d’animations musicales sur tout le tracé. On passe du rock d’AC/DC à de la musique militaire, du jazz à de la techno, de la musique traditionnelle… Patchwork musical et sonorités métissées nous font oublier durant quelques instants le rythme régulier qui nous accompagne depuis le départ.

23 km
Je m’ennuie… et dire que nous n’en sommes qu’à la moitié… Les remontées de berge sont assez simple mais le retour vers le pont de la Liberté (Szabadság híd) est un long et régulier faux plat. Des pavés, du bitume, des vélos, de la musique, des hourras… et Dodo qui débouche en vélo au détour d’un virage. Cool ! Il m’accompagne jusqu’à la fin ?

25 km
La traversée du pont se fait tranquillement et j’apprécie la descente sur la rive droite. Les jambes répondent et le moral est bon. Ma montre me lâche. Je la rallume et dix minutes plus tard, elle s’éteint. Bon, je la rallumerai quand il faudra vérifier l’allure afin de ne pas me cramer. La longue remontée de 6 km pour atteindre le périphérique nord s’effectuera alors en solo, sans GPS… Passer le mur des 30 km, c’est possible ! Oui, la remontée est longue et hésitante parfois. Bedaine cours avec moi… Je tente quelques mots avec mes coéquipiers d’un jour et je prends mon mal en patience en saluant, en souriant et remerciant le public omniprésent tout au long du parcours. Dodo est toujours là. Il me surprend au coin d’une rue, le long de la piste cyclable. Il filme et m’encourage ! J’oublie quelques instants la fatigue et les kilomètres à faire.

32 km
– 
C’est dur, j’en ai plein les pattes… et nous entamons l’approche sur le périphérique. Oh surprise, une seule voie pour courir !! La voiture reconquiert son territoire petit à petit. Vite, vite, plus le temps de saluer les automobilistes… CO2 je te hais ! Nous revenons alors sur l’île Marguerite. Havre de paix provisoire avant d’entamer la dernière partie de la course. Je ramasse un drapeau hongrois sur le macadam. Un beau souvenir en perspective…
La remontée vers le pont Margaret (Margit Hid) me permet d’encourager et de remettre en course un compatriote français en panne d’H2O. Il a soif et marche, fatigué. « ça va ? Besoin d’aide ? – j’ai soif ! mais allez-y. – Vous inquiétez pas… je n’ai pas de temps de prévu. – Ok, c’est gentil. Merci. » Il me sourit et se relance sur quelques mètres. Il se remets à trottiner. Je l’accompagne ainsi jusqu’à la rive droite. Je lui souhaite bonne chance et profite de la descente pour me détendre un petit peu.

37,5 km
Les jambes sont lourdes et je suis impatient d’arriver mais un nouvel obstacle se dresse devant nous : le fameux pont ferroviaire dont m’avait parlé Dodo. Il n’est pas haut mais juste ce qu’il faut pour vous stopper net si vous ne le prenez pas dans le sens du poil 😀 Doucement, être régulier au niveau du rythme mais les jambes sont lourdes. La descente n’est pas forcement appréciée. Il ne me reste que 3,195 km. Un ravitaillement et j’ingurgite rapidement mon verre de boisson isotonique. Ma petite éponge qui m’accompagne depuis le début de course m’a rendu un grand service. Là encore, j’apprécie de boire sans avoir à renverser la moindre goutte sur la route.

39 km
Toujours en vie et cette avenue me met à l’épreuve. Une nouvelle descente pour passer sous la voie ferrée et remonter encore et encore… Je fatigue. Je tente de trouver le bon raisonnement pour évacuer les mauvaises pensées. Je me focalise sur ma foulée. Chaque mètre est une victoire sur moi-même. Dodo est à ma gauche, je le vois slalomer entre les piétons. « Super Olivier » Merci Dodo – Merci de m’accompagner. Je pense alors à Papa. Lui aussi m’accompagne. Je n’avais jamais couru seul depuis le marathon de Berlin. La pente devient plus douce et j’arrive à la place des Héros (Hősök tere). Ambiance, musique, applaudissements…. 40,5 km d’effectués. J’accélère sur 100 m pour me décongestionner les jambes. Je sais qu’à cet instant là, il me reste une petite difficulté juste avant les 100 m menant à l’arrivée. Je me relance puis je reviens à un rythme de croisière.

41 km
– Pas le temps de prendre le dernier ravitaillement. Un peu plus d’un kilomètre à faire sur une route qui n’est plus tout jeune : des trous, du pavé, des feuilles et toujours autant de monde à courir. Je discute avec un Italien qui me fait comprendre en me montrant ses mains que ses semelles de chaussures sont défectueuses… Allez hop, un encouragement et nous voilà filer à un rythme plus rapide sur une courte distance. Je le lâche. Je n’en peux plus. Je ne comprends pas. Bedaine !!!

42 km
Dodo est toujours là et il continue de filmer 🙂 Au fur et à mesure que l’on se rapproche du dénouement, la tension monte et je ne cesse de penser à l’arrivée et au sprint !!! J’espère avoir encore du Benzine pour les 100 derniers mètres… Oui, ça fonctionne. J’accélère et j’allonge la foulée. J’en ai encore sous les pieds, je tourne sur la gauche et hop, je file, j’accélère, stimulé par les encouragements et par l’envie d’en finir ! J’ai juste le temps de ressortir le drapeau hongrois et les bras tendus, j’exulte de joie en franchissant la ligne d’arrivée. C’est fait !!!
Petite remarque : inutile que je porte un t-shirt taille S pour me donner l’impression d’être bien gaulé… si, en levant les bras, on aperçoit ma bedaine saluer ainsi la foule avec insistance… 🙂 Nous sommes à nouveau réunis juste derrière le sas. Médaillés, ravitaillés et heureux. J’adore cet instant où nous partageons la même joie, celle d’avoir encore réussi cette épreuve. Dodo est là avec son vélo, il m’attends avec un sac. Il est retourné à la maison me chercher des affaires propres ! Ils sont adorables ! Je le remercie d’être là. C’est réconfortant. On parle, on échange, il me fait part de son émotion, de cette ambiance festive qui sent bon… la sueur et le Decontractyl. Quelques photos souvenir et on se retrouve quinze minutes plus tard au même endroit, le temps que je me change.
Le retour se fait donc à pied, histoire de gommer légèrement les premières courbatures. Revenir à un rythme normal et se détendre. Le temps est stable, pas une goutte de pluie durant la course mais il ne faut pas tarder. Le froid et la fatigue n’attendent pas. Direction l’hôtel pour une bonne douche et deux heures de sommeil avant de rejoindre mes chers amis Hongrois côté Buda.

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De belles rencontres, des sourires et de belles discussions en hongrois, anglais et français durant ces trois jours passés à Budapest. Un sentiment de liberté et aussi celui de faire partie d’une grande famille. De l’attention et l’envie que ces échanges soient constructifs et enrichissant humainement.

Durant la course, nous sommes livrés à nous mêmes, face à nos choix, à nos décisions. On peut passer d’un état de bien-être à l’envie de tout arrêter et d’abandonner. Qu’est-ce qu’une course face à la préparation ? On se sent alors ridicule parfois d’avoir à valider sur 42,195 km tant d’efforts et d’engagements envers soi-même, responsabilité envers ses amis, ceux que l’on aime et qui nous accompagnent en pensées. Juste avoir du plaisir et pouvoir partager notre récit avec notre entourage, nos amis. Inciter aussi au voyage, à aller à la découverte de soi et de l’autre. Prochain rendez-vous : Barcelone, Venise, Athènes ou Amsterdam ?

210914 – Marathon de Tours

MARATHON DE TOURS (2014)
Tout a commencé par un coup de fil qui, par magie, vous motive et vous redonne de l’énergie : j’en avais énormément besoin. Décembre 2012, croyant bien faire, j’avais décidé d’arrêter l’entraînement au marathon. L’après-Berlin célébré, j’avais stupidement renoncé aux endorphines mais elles ne m’avaient pas lâchées. Mécontentes, quelques semaines plus tard j’étais au fond du sac. Un sentiment de honte (celui d’avoir laissé parler mon coeur plutôt que mes quadriceps) co-voiturait ma motivation. Reprendre les séances… retrouver la ligne, le plus dur restait à faire.
Ce soir de février 2014, une main tendue, une proposition, une idée de reprendre le goût à l’entraînement frappaient de nouveau à ma porte. Richard et Céline me proposaient de participer et de venir avec eux en septembre à Tours. Le challenge était formidable, c’était leur premier marathon ! De leur côté, ils étaient déjà bien avancés sur le programme… Le duo génial courrait régulièrement depuis plusieurs semaines : Buttes-Chaumont, La Villette et canal St-Martin… la Parisian love team était déjà bien rodée, raisonnée et régulière dans l’effort, l’objectif étant simplement de se faire plaisir et d’avancer, ensemble sans toutefois se fixer un timing bien précis. Durant ces quelques mois de préparation, nous avons donc conversé au téléphone, parlant de nos entraînements respectifs, de nos doutes… et la motivation revint au fur et à mesure. Les mois devinrent des semaines et le jour du retour arriva.
LE DEPART
En cette matinée fraîche d’un vingtième jour de septembre 2014, valise bleue en mode minimal, je me laissais bercer par le mouvement continu du TER, le regard happé par ces fileuses du rail et le chant mélodieux du bogie-woogie. Tours, tout droit et en bas, no soucy! Je renoue avec la cool attitude qui m’accompagne durant ce voyage de 120 minutes. Nous allons courir ensemble, c’est magique !
Gare de Tours, une heure en avance, 10h50, le meeting point est fixé à 12h.
Le temps de faire un tour de hall de la gare et de humer l’air frais tourangeaux, j’avance en mode repérage, limite comateux vu le réveil… Dans ma « réflexion », la Loire me relie à Nantes donc Tours n’est pas très différente. Cet attachement au fleuve, ce côté sud-Loire imposé… ça me plaît et je sens que la journée va être toptop !L’hôtel est loin d’être une auberge de jeunesse ou un des ces nombreuses bannettes d’un soir dont j’ai eu l’habitude de fréquenter lors de mes déplacements en lone runner. C’est une belle résidence hôtelière qui nous fait l’honneur d’accueillir nos corps dédiés à l’effort et à la boisson isotonique. Pour un quartier proche de la gare, c’est pas franchement craignos. On pourra rentrer tard sans se faire aborder par quelques haleines imbibées de Villageoise ou encore slalomer entre les marguerita et autres repas exotiques mal digérés. C’est un bon choix de l’organisation.
L’air est frais et stimulant, le soleil brille, le ciel est bleu, les oiseaux et quelques voitures, pour un samedi matin, c’est bien calme. Un appel sur mon maboul, ils arrivent. On se retrouve donc dans le hall de la gare, tous les trois souriant. Y’a du chabadabada dans l’air, j’adore les retrouver à chaque fois. Sourires, embrassades et joie de se revoir, la famille, les cousins ça fait du bien. Welcome à tous les trois. Encore deux runners à récupérer et la crew sera au complet. Direction l’hôtel où, après quelques déboires pour trouver les bons ascenseurs et le bon étage, nous arrivons enfin à spoter nos chambres. Spacieuses, agréables et fonctionnelles, tout est ok pour ce week-end. La classe !
Deux nouvelles recrues arrivent. ‘Mélie, la géniale surfeuse et « G.I. » Gil, le tech’ run’ (c’est leur arme secrète !). Il y a un petit air de colonies de vacances. Comme des gamins, nous choisissons nos chambres : les filles d’un côté, les gars de l’autre. Le temps de déballer nos affaires et de faire connaissance avec mon camarade de chambrée, nous partons ensuite manger la traditionnelle assiette de pâtes en ville. Je suis intimidé par toute cette bonne humeur, un vrai plaisir d’échanger, de rires et de détente en terrasse. Merci les filles, vous êtes au top !
 L’après-midi bien entamé, tous dans la bonne humeur, nous partons chercher nos dossards, prêts à dégainer nos certificats médicaux. Je ne compte plus les paires de running à l’approche du village du marathon où il règne une ambiance festive. J’adore. Yohann Diniz est présent et accompagnera le lendemain les coureurs sur le 10 km.
45 minutes plus tard, dossards, sacs cadeaux, deux bouteilles de vin et une veste technique Asics de qualité ! Rouge ou verte, la fashion week commence tôt cette année 🙂 Quelle générosité pour une première édition.
Retour à l’hôtel, quelques courses pour le repas du soir… des pâtes, de la bonne humeur, des pâtes… et le brief de Gil qui détaille la stratégie de course pour le lendemain matin. Je suis cela avec curiosité, c’est pas trop mon truc les programmes, les tubes de gels attribués selon les kilomètres, allure de course. En mode mini mâle, je n’ai pas d’objectif, juste finir. C’est la reprise et le plus important c’est accompagner Richard et que l’on termine notre course. Ready ? Presque minuit ? Start ! Tous au lit !
LA COURSE
Tututututu – Le réveil sonne, il est 6h. Je n’ai pas trop dormi. Être à l’heure donc je ne traîne pas. J’ai le sentiment de me retrouver à la caserne. Mon binôme de chambrée est aussi réveillé. Sans un mots, nous préparons notre sac, douche et petit-déjeuner sur les tartines-blocks. Toc-toc, on ouvre, c’est Richard : « Alors, bien dormi ? – Oui, ça va… – Prêts ? – Oui, ça va… » Sourires, allez hop, on y va. 8h. Il fait frais, même météo que la veille. Génial. La joyeuse troupe est prête. Les filles sont là, toujours de bonne humeur, j’adore. Une petite photo du groupe avant la mise en route puis une seconde et de belles autres à venir… encore 😀 Sur le chemin, on égraine sa joie, ses interrogations, son humeur, ses pensées au fur et à mesure que la ligne de départ se profile. Eh oui, on va tous finir par y arriver 🙂 Arrivés au départ… l’ambiance est là. Sautillements, échauffements, sourires, grimaces, odeurs et selfies. Consigne est faite et maintenant c’est la fête ! Ça se trémousse sur la ligne de départ, déguisés, enjoués, colorés, les bras en l’air, tous emmenés par la musique et une animation du tonnerre. Gil sourit un max, les filles sont heureuses, Richard et Celine aussi. De mon côté, je suis dans ma bulle : je me suis isolé un instant, je regarde et je pense à mon père. Première course après Berlin, cela faisait un bail (presque deux années). Heureux de reprendre du service, je pense à toi Daddy. Donc, la joyeuse team se régale et nous n’attendons qu’une seule chose, que la meute s’élance enfin. Avec Richard, nous avons convenu de partir vraiment « easy » : à 9 km/h de moyenne, on ne prend pas de risque. Je pars avec, j’arrive avec ou j’abandonne avec. On ne se lâche pas, c’est notre contrat.
9h05 : Bordel… c’est le départ !
Les conditions sont superbes, il fait bon et on run pour 42 km sous un ciel bleu. Les filles sont parties avec Gil depuis quelques minutes. On fait bande à part mais disons plutôt que nous avons une stratégie de course bien affûtée… l’idéal étant d’éviter de se faire ramasser par la voiture balais. Nous surveillons donc nos arrières. 😀 Nous courons maintenant depuis 20 minutes et le troupeau des runners alimente par ses globules rouges, bleus, blancs, multicolores, les artères et les ramifications bitumées. Au rythme des foulées, la ville bât avec un second cœur. Les Tourangeots nous applaudissent et nous encouragent avant d’entamer les 20 prochaines bornes dans une quasi-totale-solitude… Nous récupérons en chemin un nouvel adhérent qui se joint à notre formidable aventure. « Je peux courir avec vous ? » Bien entendu, bienvenue à Thierry ! Après avoir fait les présentations, le trio s’éloigne progressivement de l’agglomération, de la voiture balais que l’on aperçoit quelques kilomètres en arrière, girophares allumés. Non, non, nous n’avons pas la pression 🙂 Dans un virage avant de traverser le pont, je me fais gentillement baptisé « petit Schtroumpf bleu » par un gamin… j’adore ! J’aurais plutôt opté pour « Schtroumpf à casquette » !
5 km : La campagne, les premiers champs et c’est toujours aussi plat. Richard est à mes côtés, il va bien mais je le sens un peu tendu quand même. Je prends des nouvelles de temps en temps et je le laisse caler son effort. Parler, rire, discuter par endroits pour faire distraction. Détendus. Nous passons le premier ravitaillement et il n’y a plus rien à boire… Les tables sont vides ou ont plutôt été vandalisées par la horde. Je ramasse une bouteille à moitié vide juste dans le cas où il faudrait faire descendre la température. Un peu sur la tête et hop ! 18°C c’est peu mais le corps lui commence à chauffer. Ne pas désespérer… imaginons un instant que cela dure ainsi jusqu’à la fin… non, non… passons. Je suis quand même toujours étonné par le gaspillage sur les premiers ravitaillements : boire une gorgée et jeter la bouteille, comme des champions… c’est très pro ? Le geste est là… l’allure viendra ou pas. Bref, on récupère ce que l’on peut, évitant tout de même les containers à bouteilles et autres poubelles disposées le long de la chaussée. Quelques centilitres suffisent pour éviter la surchauffe.
7 km : la route est belle, les champs, les oiseaux et Richard qui me lance « Encore 6 fois cette distance… ». Je lui dis de se concentrer sur sa course, de ne pas y penser et que le plus beau est à venir. Positiver et nous n’avons pas fini de compter. Nous doublons quelques coureurs bien trempés, proposons notre eau pour rafraîchir… des mercis, des sourires et des encouragements. Toujours une petite pensée pour ceux qui nous accompagnent et ceux qui courent à un rythme différent.
10 km – 10h10 : un nouveau ravitaillement avec, cette fois, de l’EAU POTABLE, enfin ! C’est un soulagement, pas déshydratés mais rassurés. Un petit moment de fraîcheur bien apprécié à l’ombre des peupliers et chênes disposés le long du chemin goudronné. On change d’ambiance, on change d’état d’esprit et le Cher n’est plus très loin. Encore des champs, quelques habitations et pas beaucoup de coureurs à l’horizon. Où sont les femmes ? mais oui, où doivent-elles être à cet instant ? Gil prend soin d’elles !
15 km : Je discute avec Thierry et il me fait part de sa décision de s’arrêter au prochain village. Malgré mes encouragements pour qu’il continue avec nous au-delà du Semi, il préfère s’arrêter là-bas. Ok mais ce n’est pas une raison pour relâcher le rythme que nous essayons de garder depuis maintenant plus d’1h45. Nous apercevons sur notre droite le Cher, une embarcation à fond plat utilisée pour naviguer sur la Loire (un bâteau…), les premières maisons et nous arrivons à Savonnières. Le trio se relance donc à nouveau, stimulé… par le ravitaillement, les bravos et encouragements du public. Nous nous sentons moins seuls, c’est vraiment agréable. Une petite montée et là, le 23e kilomètre à quelques mètres de l’autre côté de la barrière… À tout à l’heure.
Un arrêt et des remerciements pour Thierry. Son objectif est atteint. Merci de nous avoir accompagné durant ces deux heures. Bon repos ! Après cette petite pause « négociée », nous engageons un nouveau combat long et silencieux avec ce magnifique faux plat de résistance d’environ 3 km… qui nous emmène à Villandry. Un peu de fraîcheur et un boulevard devant nous comparé aux petites routes pittoresques qui nous ont amenées jusque ici. Richard s’accroche au bitume et l’idée que nous n’avons pas encore fait la moitié du parcours commence un peu à éroder nos belles et généreuses convictions. Oui, au 21e, nous remettons cela pour, au minimum… deux heures de course.
19 km – 11h15 : l’entrée du village, un peu d’humanité après ces quelques minutes de solitude, le château, son parc et une petite séance de slalom entre les pavés, les haies de buis avant de dégainer son plus beau sourire de compétiteur au photographe qui mitraille à tout va. Sourire, c’est aussi une question de muscles et dans ce cas là, on pourrait plutôt parler de rictus. Faire semblant de sembler sans blanc… Vite, revenir à l’essentiel, sortir de ce jardin trop orthonormé et exigüe pour nos corps galvanisés par l’effort 🙂 : revenons à la course. Vilan-dry : dry signifie sec = J’ai soif ! Cela tombe bien, un petit ravitaillement sous les peupliers, de longues tables quasi désertes… J’oubliais, nous sommes « l’arrière-garde » de la troupe. Étrange de se retrouver si seuls comme si cela n’intéressait plus personne. La fête est finie ? Quelques gobelets avalés, bananes mâchées, bouteilles vidées… et hop ! « Richard, on y va ! – Oui… (j’ai l’impresison que mon binôme traîne des pieds). – On a encore du chemin et si on s’arrête trop souvent, on finira par ne plus pouvoir partir… » Oui, c’est dur pour tout le monde… l’état d’esprit change, ça va être chaud. En parlant de température, elle monte légèrement depuis ce matin… Nous revenons sur nos pas : une belle épingle à cheveux. Pas trop fan.
On passe le 21 kilomètre à 11h30… soit 2h30 x 2 = 5 h minimum de course. En y réfléchissant, je me mets une heure dans la goule. L’expérience est intéressante, traîner après s’être entraîné… c’est l’inconnu mais je reste positif. Je devrai être au 30e kilomètre à cet instant. En tant normal, il me reste une heure à courir. Passons. Je suis là pour Richard. Où est-il d’ailleurs ? Juste derrière-moi ! Allez, encore un peu plus d’un kilomètre avant de franchir le Cher pour la dernière fois.
LE SEMI-MARATHON
22 km – Savonnières (11h45) Nous remontons sur Savonnières en longeant les rivière. Nous passons le pont sur la gauche et nous redescendons en petite foulée avant que Richard ne s’arrête quelques mètres plus loin : il y a un truc qui ne passe pas ? « Comment te sens-tu ? – J’ai mal un peu partout, c’est dur. – Oui… je vois cela. Ton genou ? – Il tient… »
Silence… En sueur, le regard interrogeant le sol puis il se relève, les mains sur les hanches comme pour rechercher son souffle. Il s’interroge, ne dit rien, il reprends sa respiration. « Dis-moi ce que tu ressens ? Il grimace, regarde ailleurs puis se il se tourne vers moi. – Ça va… c’est dur. » Nous discutons quelques instants afin de trouver les bons maux pour de bonnes paroles. Richard prend la décision de changer d’allure.
5 minutes plus tard, nous repartons tranquillement, conscients de ce qu’il nous reste encore à faire… Petite traversée en passant dans une dépression maraîchère située entre les deux levées de terre. Il fait chaud, j’ai besoin d’une bière. A un carrefour, une auto, une glacière, un parasol parachutés là… un signaleur, quelques encouragements d’une solitude partagée. Je trottine, je serpente et je prends le temps de discuter avec mon voisin de course : la soixantaine bien passée, sec et vouté, teint rosé, un peu plissé, un peu usagé et des cheveux blancs embataillés. Combien de marathons déjà concourus à cet instant ? (je ne sais plus). Sa détermination et sa légèreté me stimulent et m’inspirent. Sa foulée précise et délicate me rappelle que le temps est avec nous et que ces 42,195 km ne sont qu’une petite distance comparée à ce qu’est notre longue existence. Nous continuons notre route en direction des bords de Loire.
27 km – Il est 12h30.
Nous y sommes et nous profitons d’une petite pause pour échanger quelques mots et nous ré-hydrater. Nos cuisses tiennent le choc et le moral est au beau fixe. Devant nous, notre nouveau défi : un magnifique tapis de course de 15 kilomètres… serpentant et longeant la Loire jusqu’à Tours. Comme une sensation de déjà vu… Nous repartons tranquillement parmi les quelques coureurs, eux aussi éprouvés par l’effort et sous un soleil poursuivant sa grasse matinée, enroulé dans une couette pommelé. Il fait chaud. Concentré et imperturbable, Richard va bien. Il distille son effort et reste dans sa bulle avec son chrono comme unique confident, allure en mode 5.1 : 5 minutes de course pour 1 minute de marche… Comment gère-il sa motivation? Récite-il un mantra pour se soustraire à la réalité ou bien rien, juste de la souffrance ou une sacrée envie d’y arriver ? Je l’admire. Je garde mes distances tout en ayant un œil sur lui.
30 km – Berthenay.
L’animation musicale fait de la résistance : là aussi, il faut avoir du souffle après avoir vu passer près les 4/5e des coureurs, du courage pour stimuler avec conviction les derniers forçats de la route. Les bénévoles nous accueillent, nous les bitumeurs, avec le sourire et un enthousiasme réconfortant. Nous prenons le temps de longer la longue table dressée en « notre honneur » sur laquelle s’obstinent encore quelques bouts de bananes, pierres de sucres, gobelets à eau et raisins secs. Un peu démembrés, nos gestes sont maladroits, désordonnés. La fatigue modèle le pas et marque nos organismes. Ne pas traîner, juste ce qu’il faut pour repartir.
35 km – Saint-Genouph.
Richard tient la cadence. Je viens prendre des news et je reste près de lui. C’est long, très long et aucune idée de l’heure à laquelle nous arriverons à Tours. Les filles et Gil doivent avoir franchis la ligne d’arrivée à cette heure-ci. J’espère que leur course s’est bien déroulée. Je n’ai même pas pris le temps de m’intéresser à leurs objectifs ou ai-je trop rapidement décroché lors des briefings post-marathon ? Je n’en sais rien, ma réflexion est brouillée à cet instant.
39,35 km – 14h06 soit… 5h10 de course.
Nous passons sous le périphérique. Encore 3 kilomètres, ce sont les plus durs. La distance est courte et les organismes sont à bout. Je pensais me dispenser de fatigue mais là c’est loupé. Richard tient le coup mais il grimace et il est temps, grand temps de terminer l’épreuve.
40 km – Une petite alerte : dernier ravitaillement avant l’arrivée et Richard a un léger malaise : coup de fatigue ou est-ce une hypoglycémie ? Nous nous asseyons et attendons quelques instants. Boire par petites gorgées, se poser des questions, voir si l’on réagit correctement et manger un minimum pour reprendre des forces. Après quelques minutes de pause, nous reprenons le fil de l’histoire… tranquillement ou presque… Nous suivons l’artère sur deux kilomètres, puis ensuite bifurquons sur la gauche et à droite avant d’arriver sur les grands boulevards.
41 km : La musique, le speaker, le public, les applaudissements… le contraste et le sentiment de n’être qu’un zombie, courant je ne sais comment, à la limite du déséquilibre. Les jambes sont dures. Chaque pas martèle le sol, nos corps tendus et la nervosité se mêlent à la fatigue. La crainte de courir trop vite ou de chuter nous incite à être vigilants, décontenancés par cette cacophonique sensorielle intense.
42 km : Nous y sommes presque, ce n’est pas un mirage, juste devant nous… La foulée s’allonge et l’émotion est là : la gorge nouée, je laisse Richard filer devant moi mais d’un geste, il souhaite que nous finissions ensemble. 50 mètres encore… les mains serrées, les bras tendus, 42,195 km plus tard… nous voilà, enfin libérés de nos obligations. 5h 39 de course, c’est dingue ! Nous nous prenons dans les bras comme pour se rappeler que nous sommes physiquement vivants. Un grand merci, une joie discrète et intense qui reflète notre état de semi-épuisement. Nous sommes au bord des larmes et je me retiens de ne pas éclater en sanglots. Je lève les yeux au ciel, j’avale ma salive et je reprends mes esprits.
Nous sommes réveillés de notre torpeur émotionnelle par des exclamations : « les gars, on est là !» Juste derrière nous, ce sont Elles et Lui, notre club de supporters ! Ils ne nous ont pas oubliés. Souriant et heureux de se retrouver, nous échangeons de vive voix, gesticulant sans toutefois faire attention aux coureurs qui franchissent la ligne au même instant. Oups ! Quelques mots échangés mais il faut avancer et penser à se réchauffer. Nous nous dirigeons vers le sas de sortie pour effectuer les formalités administratives d’usage (médaille, bouteille d’eau et banana…) pour être anoblis officiellement en tant que Finishers du marathon de Tours 2014. Les retrouvailles sont magiques : on s’embrasse, on se congratule, rassurés et rassurant, la « R Force One » et G.I. Gil me paraissent en excellente santé, débordants d’énergie as usual, ils sont en pleine forme. Merci pour ce rafraîchissement, c’est délicieux et réconfortant. Un grand merci pour ces sourires.
REPOS DES GUERRIERS
Nous nous dirigeons vers le village pour récupérer nos affaires consignées. J’ai froid et il est impératif changer de fringues. Nos jambes tiennent encore mais une petite séance de massages serait la bienvenue. Un sms rapide à la famille pour rassurer tout le monde et je passe mon portable à Richard qui s’éloigne puis disparait dans la foule. Derrière moi, le marathon continue d’exfilter ses derniers naufragés de la route. J’aperçois quelques visages grimaçant de fatigue mais rapidement l’émotion et les sourires reprennent le dessus, satisfaits par tant d’efforts et de sacrifices.
Je rejoins mes coéquipiers de course allongés sur la pelouse en mode détente : bivouac de sourires, de rires et d’échanges autour de la course et nous en profitons pour nous désaltérer, grignoter et enfiler des vêtements secs. Richard nous a maintenant rejoint, lui aussi est encore sous le choc : l’émotion est passée par là et l’expérience marathon l’a définitivement marquée. Bienvenue à toi. Nous resterons près du village au moins une heure avant de revenir à la résidence, « détendus » afin de profiter enfin d’une bonne douche et du confort d’un bon lit. Un régal de partager ces moments de joie et de convivialité. « Je Team à la folie ! »
La fête se prolongera ensuite le soir dans le vieux Tours : nous nous mettrons une double pression en terrasse… puis nous oublierons notre semaine dédiée à la cuisine italienne pour apprécier avec finesse et délectation un bon repas japonais… Qui l’eut-cru ?
« Richard, « G.I. » Gil, Céline, ‘Mélie et Sylvia (La R Force One), je souhaitais vous remercier pour l’énergie, la motivation, l’enthousiasme et la générosité que vous nous avez fait partager durant ces deux jours. J’espère que nous aurons à nouveau la possibilité de nous retrouver pour une nouvelle aventure. »
Bien à vous,
Olivier

300912 Marathon de Berlin

5 jours passés à Berlin et une belle expérience, de bons souvenirs.
La course en elle-même s’est bien passée : ayant déjà 3 marathons dans les guiboles, pas de pression particulière… juste l’envie de pousser un peu plus loin et de m’approcher des 3 heures.
Physiquement, pas de soucis : jambes raides à partir du 25e kilomètres. Un peu déçu au 40e de n’avoir pas dépassé avant le meneur des 3h15. Poids : 60 kg.
Pour l’an prochain, Budapest peut-être… pour l’instant, repos et récupération avant de reprendre en Novembre.