Entre 2012 et 2017, une petite mise au point nécessaire pour reprendre pied.
Depuis Berlin, en 2012, j’avais tenté de me relancer mais quelque chose ne passait plus. Après une année d’arrêt en 2013 pour faire le point, la motivation était encore présente mais la stimulation n’était plus la même. Je me retrouvais seul face à des questions, des pensées.
Pas après Pas. J’avais beaucoup apprécié le marathon de Tours (merci aux cousins), le trail de Montoncourt en 2014 (merci ‘Mélie) et le marathon de Bordeaux en 2015 (merci à Marielle et Stéphanie) m’avait aussi bien remis sur pied. Le marathon de Budapest en octobre 2015 confirmait que j’avais changé de rythme. Malgré l’enthousiasme et le plaisir de retrouver des amis de longue date, de revoir Budapest et le Danube, l’inutilité de courir venait squatter par moment mes pensées. La médiane bleue qui avait jusqu’alors guidé mes pas devenait pointillés. Le deuil… l’absente… les attentats, les médias… Toute cette cacophonie, cette violence intime, cette douleur s’imposait et mon corps même ne voulait plus de tout cela. J’avais trop encaissé les coups, épongé et je me sentais blessé. Une sorte de rejet, de déséquilibre s’installait tout doucement en moi, le corps traumatisé et meurtri, la rupture se profilait à l’horizon.
Le marathon de Barcelone en mars 2016 fut une preuve supplémentaire que je n’étais pas en phase : l’achat d’une paire de chaussures 3 semaines avant la course, le manque de rigueur à l’entrainement, la panne de ma montre GPS la veille de l’épreuve… J’avais failli arrêter au semi, démotivé, ne sachant plus où j’en étais. Je ressentais mes émotions, les acceptais mais je ne pouvais renoncer si facilement. Le voyage m’avait permis néanmoins de profiter du dépaysement et d’apprécier la richesse culturelle de la ville.
Un long break était nécessaire puis une reprise de l’entrainement avec comme objectif de me remettre à courir avec passion. J’y croyais encore. En novembre 2016, Athènes fut comme un pèlerinage, un retour aux sources du marathon, un rendez-vous avec l’Histoire, la Paix, la culture, l’art et courir sur les traces des premiers coureurs m’enchantait malgré ces 16 kilomètres de côtes. J’avais couru avec un rameau d’olivier qu’un enfant m’avait donné au 3e kilomètre et je l’ai gardé durant toute l’épreuve. L’arrivée au Panathenaic Stadium fut chargée d’émotions : première arrivée dans un stade et mes pensées les plus tendres pour mon cousin Fabrice, mon petit frère.
Quelques semaines après Athènes, je sortais pour gommer une dure journée de travail en allant comme d’habitude courir, mordre le bitume, bouffer du km. Il pleuvait et la fraîcheur de la soirée m’invitait à me détendre mais des larmes firent leur apparition, le long de ces rues ruisselantes. Je m’étais arrêté plusieurs fois pour reprendre mes esprits mais la souffrance s’imposait : rien n’allait. Que faire ? J’étais seul, terriblement seul sous cette pluie à chialer. Inutile de demander de l’aide car dans ses moments-là, les conseillers ne répondent que par l’indifférence ou l’incompréhension.
Vérité. Tel un apnéiste, je suis aller chercher les réponses au plus profond de moi pour les ramener à la surface. Inutile de tricher. La course à pied m’avait mis devant le fait accompli : on ne peut pas se mentir quand on demande autant d’effort et de sacrifices. Comprendre, verbaliser, recalibrer, nettoyer et protéger l’authentique, le cœur, les sentiments… ponctionner uniquement la souffrance. À chaque sortie j’ai donc “travaillé alors mon karma” comme l’aurait dit Earl. Sans arrêt, sans relâche mais avec foi et honnêteté, je suis allé chercher la vérité croupie au fond de moi.
Accepter et avancer. Il y eu des coupures, des ruptures, de la violence dans les mots, des doutes, du ras-le-bol mais petit à petit les blessures devinrent des vérités pas souvent agréables à accepter. Reconnaitre ses mécanismes de défense, ses masques et accepter d’être nu face, fragile, vulnérable et en accord avec ma propre nature.
Rebondir. En janvier 2017, le marathon de Marrakech* fut l’occasion d’effectuer mes premiers pas en Afrique. Des températures agréables pour un mois de janvier, des faux plats, de longues avenues, une nouvelle expérience dans la continuité d’Athènes. Un de mes rêves effleuré aussi, celui de tutoyer le désert. Ressentir l’intemporalité, l’intensité face à cet espace minéral dénué de repères. La beauté de la nuit étoilée, les couleurs au lever et coucher du soleil, le souffle figé par le froid saisissant du matin, le silence des pas feutrés des dromadaires, c’était magique. Il y avait aussi ces rencontres à Marrakech et Casablanca. J’appréciais de nouveau l’inconnu, la découverte de l’autre et l’envie d’en apprendre encore un peu plus sur le Monde. 9 mois séparaient le Maroc de la Suisse. 9 mois… c’était très court.
Afin d’y voir plus clair, Enlever cette tension, cette dépendance à la caféine et au sucre pour retrouver l’apaisement et le relâchement physique : thé vert et tisanes aux plantes. Fini la glycémie qui vous épuise physiquement et vous conditionne tel un junkie. Mes pensées devinrent plus concises et ordonnées malgré un travail épuisant. Fini les réveils difficiles, les fringales en milieu de matinée. Je reprenais l’entrainement à dose homéopathique, tout doucement. Mon temps de base en cas d’échec était fixé à 4 heures donc je n’avais rien à craindre. Plus question de faire 3 sorties hebdomadaires. Il me fallait retrouver du plaisir avant tout et se trouver de nouvelles thématiques, de nouveaux jeux : des bosses, des montées, des circuits improvisés… la liberté. En surpoids, proche des 70 kilos, je me souvenais encore de la dynamique et de la réactivité musculaire quand je courais à 13,5 km/h à Berlin, c’est très dur. La tension musculaire n’était plus la même.
Fin août, je n’étais pas prêt physiquement mais néanmoins serein et désirant d’en apprendre toujours un peu plus et continuer à avancer quoi qu’il arrive.