La course à pied, moment privilégié où je peux enfin me retrouver avec moi-même, face à l’effort, dans ma bulle, à l’écoute de mon corps.
La ligne, elle me guide, invisible, méridienne partant du cerveau – cou – poitrine – nombril – bassin – pieds – sol, axe qui me sert de point d’équilibre. Tel un funambulle courant sur cette ligne invisible, je file, je trace, retrouvant ma liberté, à la recherche d’un bonheur très personnel, celui qui me côtoie quand l’effort disparaît un instant pour laisser place à des moments de flottements, d’intenses sensations. Le bitume n’existe plus alors, le souffle de la course devient un second souffle, une respiration innée face à l’effort constant.
Repousser les limites que l’on s’est malheureusement fixées et tenter d’en savoir plus sur soi-même, sur sa vie et sur cette raison qui nous pousse à courir sur de si longues distances sans s’arrêter. Repousser aussi les angoisses de l’hiver, se construire physiquement et dans sa tête, se satisfaire parfois d’un parcours, d’un paysage, d’une odeur, d’une sensation ou d’un son, fort contraste alors que le corps lutte et que l’organisme tente de suivre le rythme imposé.
Courir enfin contre cet asthme qui m’a longtemps fait croire que je n’étais rien, qu’un demi voire le quart d’une personne, souffle haché, recroquevillé, avec une respiration accélérée, haletante, à la limite de l’étouffement ; et lutter contre cette idée qu’un enfant asthmatique est un enfant avec peu de capacités, où l’activité physique lui est limitée. Au contraire, il faut combattre cet “handicap” et s’en servir comme une force pour relever le défi de la vie et de l’épanouissement dans le sport.
Le souffle, c’est la vie… l’oxygène, ma nicotine.