{"id":9359,"date":"2017-08-25T19:51:31","date_gmt":"2017-08-25T19:51:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/?p=9359"},"modified":"2023-02-08T19:52:12","modified_gmt":"2023-02-08T19:52:12","slug":"preambule-marathon-de-la-jungfrau-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/preambule-marathon-de-la-jungfrau-2017\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9ambule marathon de la Jungfrau 2017"},"content":{"rendered":"<p>Entre 2012 et 2017, une petite mise au point n\u00e9cessaire pour reprendre pied.<br \/>\nDepuis Berlin, en 2012, j\u2019avais tent\u00e9 de me relancer mais quelque chose ne passait plus. Apr\u00e8s une ann\u00e9e d\u2019arr\u00eat en 2013 pour faire le point, la motivation \u00e9tait encore pr\u00e9sente mais la stimulation n\u2019\u00e9tait plus la m\u00eame. Je me retrouvais seul face \u00e0 des questions, des pens\u00e9es.<\/p>\n<p>Pas apr\u00e8s Pas. J\u2019avais beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 le marathon de Tours (merci aux cousins), le trail de Montoncourt en 2014 (merci \u2018M\u00e9lie) et le marathon de Bordeaux en 2015 (merci \u00e0 Marielle et St\u00e9phanie) m\u2019avait aussi bien remis sur pied. Le marathon de Budapest en octobre 2015 confirmait que j\u2019avais chang\u00e9 de rythme. Malgr\u00e9 l\u2019enthousiasme et le plaisir de retrouver des amis de longue date, de revoir Budapest et le Danube, l\u2019inutilit\u00e9 de courir venait squatter par moment mes pens\u00e9es. La m\u00e9diane bleue qui avait jusqu\u2019alors guid\u00e9 mes pas devenait pointill\u00e9s. Le deuil&#8230; l\u2019absente&#8230; les attentats, les m\u00e9dias\u2026 Toute cette cacophonie, cette violence intime, cette douleur s\u2019imposait et mon corps m\u00eame ne voulait plus de tout cela. J\u2019avais trop encaiss\u00e9 les coups, \u00e9pong\u00e9 et je me sentais bless\u00e9. Une sorte de rejet, de d\u00e9s\u00e9quilibre s\u2019installait tout doucement en moi, le corps traumatis\u00e9 et meurtri, la rupture se profilait \u00e0 l\u2019horizon.<\/p>\n<p>Le marathon de Barcelone en mars 2016 fut une preuve suppl\u00e9mentaire que je n\u2019\u00e9tais pas en phase : l\u2019achat d\u2019une paire de chaussures 3 semaines avant la course, le manque de rigueur \u00e0 l\u2019entrainement, la panne de ma montre GPS la veille de l\u2019\u00e9preuve&#8230; J\u2019avais failli arr\u00eater au semi, d\u00e9motiv\u00e9, ne sachant plus o\u00f9 j\u2019en \u00e9tais. Je ressentais mes \u00e9motions, les acceptais mais je ne pouvais renoncer si facilement. Le voyage m\u2019avait permis n\u00e9anmoins de profiter du d\u00e9paysement et d\u2019appr\u00e9cier la richesse culturelle de la ville.<br \/>\nUn long break \u00e9tait n\u00e9cessaire puis une reprise de l\u2019entrainement avec comme objectif de me remettre \u00e0 courir avec passion. J\u2019y croyais encore. En novembre 2016, Ath\u00e8nes fut comme un p\u00e8lerinage, un retour aux sources du marathon, un rendez-vous avec l\u2019Histoire, la Paix, la culture, l\u2019art et courir sur les traces des premiers coureurs m\u2019enchantait malgr\u00e9 ces 16 kilom\u00e8tres de c\u00f4tes. J\u2019avais couru avec un rameau d\u2019olivier qu\u2019un enfant m\u2019avait donn\u00e9 au 3e kilom\u00e8tre et je l\u2019ai gard\u00e9 durant toute l\u2019\u00e9preuve. L\u2019arriv\u00e9e au Panathenaic Stadium fut charg\u00e9e d\u2019\u00e9motions : premi\u00e8re arriv\u00e9e dans un stade et mes pens\u00e9es les plus tendres pour mon cousin Fabrice, mon petit fr\u00e8re.<\/p>\n<p>Quelques semaines apr\u00e8s Ath\u00e8nes, je sortais pour gommer une dure journ\u00e9e de travail en allant comme d\u2019habitude courir, mordre le bitume, bouffer du km. Il pleuvait et la fra\u00eecheur de la soir\u00e9e m\u2019invitait \u00e0 me d\u00e9tendre mais des larmes firent leur apparition, le long de ces rues ruisselantes. Je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9 plusieurs fois pour reprendre mes esprits mais la souffrance s\u2019imposait : rien n\u2019allait. Que faire ? J\u2019\u00e9tais seul, terriblement seul sous cette pluie \u00e0 chialer. Inutile de demander de l\u2019aide car dans ses moments-l\u00e0, les conseillers ne r\u00e9pondent que par l\u2019indiff\u00e9rence ou l\u2019incompr\u00e9hension.<\/p>\n<p>V\u00e9rit\u00e9. Tel un apn\u00e9iste, je suis aller chercher les r\u00e9ponses au plus profond de moi pour les ramener \u00e0 la surface. Inutile de tricher. La course \u00e0 pied m\u2019avait mis devant le fait accompli : on ne peut pas se mentir quand on demande autant d\u2019effort et de sacrifices. Comprendre, verbaliser, recalibrer, nettoyer et prot\u00e9ger l\u2019authentique, le c\u0153ur, les sentiments\u2026 ponctionner uniquement la souffrance. \u00c0 chaque sortie j\u2019ai donc \u201ctravaill\u00e9 alors mon karma\u201d comme l\u2019aurait dit Earl. Sans arr\u00eat, sans rel\u00e2che mais avec foi et honn\u00eatet\u00e9, je suis all\u00e9 chercher la v\u00e9rit\u00e9 croupie au fond de moi.<br \/>\nAccepter et avancer. Il y eu des coupures, des ruptures, de la violence dans les mots, des doutes, du ras-le-bol mais petit \u00e0 petit les blessures devinrent des v\u00e9rit\u00e9s pas souvent agr\u00e9ables \u00e0 accepter. Reconnaitre ses m\u00e9canismes de d\u00e9fense, ses masques et accepter d\u2019\u00eatre nu face, fragile, vuln\u00e9rable et en accord avec ma propre nature.<\/p>\n<p>Rebondir. En janvier 2017, le marathon de Marrakech* fut l\u2019occasion d\u2019effectuer mes premiers pas en Afrique. Des temp\u00e9ratures agr\u00e9ables pour un mois de janvier, des faux plats, de longues avenues, une nouvelle exp\u00e9rience dans la continuit\u00e9 d\u2019Ath\u00e8nes. Un de mes r\u00eaves effleur\u00e9 aussi, celui de tutoyer le d\u00e9sert. Ressentir l\u2019intemporalit\u00e9, l\u2019intensit\u00e9 face \u00e0 cet espace min\u00e9ral d\u00e9nu\u00e9 de rep\u00e8res. La beaut\u00e9 de la nuit \u00e9toil\u00e9e, les couleurs au lever et coucher du soleil, le souffle fig\u00e9 par le froid saisissant du matin, le silence des pas feutr\u00e9s des dromadaires, c\u2019\u00e9tait magique. Il y avait aussi ces rencontres \u00e0 Marrakech et Casablanca. J\u2019appr\u00e9ciais de nouveau l\u2019inconnu, la d\u00e9couverte de l\u2019autre et l\u2019envie d\u2019en apprendre encore un peu plus sur le Monde. 9 mois s\u00e9paraient le Maroc de la Suisse. 9 mois\u2026 c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s court.<br \/>\nAfin d\u2019y voir plus clair, Enlever cette tension, cette d\u00e9pendance \u00e0 la caf\u00e9ine et au sucre pour retrouver l\u2019apaisement et le rel\u00e2chement physique : th\u00e9 vert et tisanes aux plantes. Fini la glyc\u00e9mie qui vous \u00e9puise physiquement et vous conditionne tel un junkie. Mes pens\u00e9es devinrent plus concises et ordonn\u00e9es malgr\u00e9 un travail \u00e9puisant. Fini les r\u00e9veils difficiles, les fringales en milieu de matin\u00e9e. Je reprenais l\u2019entrainement \u00e0 dose hom\u00e9opathique, tout doucement. Mon temps de base en cas d\u2019\u00e9chec \u00e9tait fix\u00e9 \u00e0 4 heures donc je n\u2019avais rien \u00e0 craindre. Plus question de faire 3 sorties hebdomadaires. Il me fallait retrouver du plaisir avant tout et se trouver de nouvelles th\u00e9matiques, de nouveaux jeux : des bosses, des mont\u00e9es, des circuits improvis\u00e9s&#8230; la libert\u00e9. En surpoids, proche des 70 kilos, je me souvenais encore de la dynamique et de la r\u00e9activit\u00e9 musculaire quand je courais \u00e0 13,5 km\/h \u00e0 Berlin, c\u2019est tr\u00e8s dur. La tension musculaire n\u2019\u00e9tait plus la m\u00eame.<\/p>\n<p>Fin ao\u00fbt, je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eat physiquement mais n\u00e9anmoins serein et d\u00e9sirant d\u2019en apprendre toujours un peu plus et continuer \u00e0 avancer quoi qu\u2019il arrive.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre 2012 et 2017, une petite mise au point n\u00e9cessaire pour reprendre pied. Depuis Berlin, en 2012, j\u2019avais tent\u00e9 de me relancer mais quelque chose ne passait plus. 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