{"id":9264,"date":"2026-06-28T16:24:55","date_gmt":"2026-06-28T16:24:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/?p=9264"},"modified":"2026-07-28T14:45:23","modified_gmt":"2026-07-28T14:45:23","slug":"13-novembre-2016-marathon-dathenes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/13-novembre-2016-marathon-dathenes\/","title":{"rendered":"13 novembre 2016 &#8211; Marathon d&rsquo;Ath\u00e8nes 1\/2"},"content":{"rendered":"<p>Marathon d&rsquo;Ath\u00e8nes (2016) &#8211; 1\u00e8re partie<\/p>\n<p>Contexte<br \/>\n2015 fut une ann\u00e9e difficile, entre une actualit\u00e9 insupportable impos\u00e9e \u00e0 la Kalashnikov, un travail \u00e9puisant et peu valorisant et une peine de c\u0153ur dont les effets allaient s\u2019av\u00e9rer \u00eatre destructeurs sur plusieurs mois.<\/p>\n<p>En novembre 2015, je participais au marathon de Budapest (voir r\u00e9cit) et j\u2019y avais retrouv\u00e9 mes amis hongrois, Eta et Dodo. Durant trois jours, leur compagnie m\u2019avait fait du bien, je les aime \u00e9norm\u00e9ment. J\u2019appr\u00e9ciais les apparitions de Dodo, inquiet et attentif au d\u00e9roul\u00e9 de ma course : il m\u2019avait suivi sur une grande partie du parcours \u00e0 v\u00e9lo. Quand \u00e0 Eta, sa bonhomie et son enthousiasme me remplissaient de joie comme au premier jour de notre rencontre en Vend\u00e9e, en ao\u00fbt 1988. Je les aime.<\/p>\n<p>Voyager, fuir, partir loin \u00e9tait pour moi l\u2019occasion de faire le point et de prendre du recul m\u00eame si, sur le fond, rien n\u2019\u00e9tait encore r\u00e9gl\u00e9. J\u2019ai toujours appr\u00e9ci\u00e9 cet anonymat des courses, entour\u00e9 d\u2019innombrables coureurs \u00e0 pied de toutes nationalit\u00e9s, mes compagnons de route, mes fibreux, mes amis d\u00e9voreurs de bitume.<br \/>\nQuelques mois plus tard, en mars 2016, respectant mon calendrier de deux \u00e9preuves annuelles, je me retrouvais \u00e0 Barcelone pour le marathon qui s\u2019\u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s bien pass\u00e9 malgr\u00e9 la panne de batteries de mon cardio-fr\u00e9quencem\u00e8tre et une paire de chaussures de courses insuffisamment travaill\u00e9es provoquant quelques \u00e9chauffements au niveau de la vo\u00fbte plantaire.<br \/>\nAvec cette parenth\u00e8se ib\u00e9rique, j\u2019avais provisoirement caut\u00e9ris\u00e9 mes peines de c\u0153ur mais la reprise de l\u2019entra\u00eenement fut toutefois p\u00e9nible, r\u00e9v\u00e9lateur de ma souffrance intime et de nombreuses s\u00e9ances solo finirent en larmes. L\u2019int\u00e9r\u00eat et la motivation diminuaient. Je me sentais physiquement vid\u00e9. Les \u00e9motions avaient eu raison de mon corps qui d\u00e9sormais souffrait et appelait \u00e0 l\u2019aide.<br \/>\nJ\u2019avais limit\u00e9 mes sorties \u00e0 deux s\u00e9ances de moins d\u2019une heure par semaine, sur une dur\u00e9e de deux mois avant plusieurs semaines d\u2019interruption\u2026 pour ne reprendre \u00e0 nouveau espoir fin ao\u00fbt 2016.<br \/>\nJ&rsquo;avais alors choisi la ville d\u2019Ath\u00e8nes car je voulais symboliquement aller \u00e0 la source, l\u00e0 o\u00f9 tout avait commenc\u00e9. De plus, amoureux des vielles pierres, c\u2019\u00e9tait une nouvelle opportunit\u00e9 d\u2019appr\u00e9cier le patrimoine arch\u00e9ologique de la ville ainsi que son histoire mill\u00e9naire.<\/p>\n<p>Pour la pr\u00e9paration, quelques s\u00e9ances de c\u00f4te en Suisse normande furent programm\u00e9es afin de travailler mes appuis et soutenir un effort sur quelques longues pentes \u00e0 15%. La configuration du marathon d\u2019Ath\u00e8nes m\u2019imposait un travail sur du d\u00e9nivel\u00e9 vu que le 2e tiers de la course constituait en une succession de cotes ! Pour ma foul\u00e9e, je ne changeais rien ; pour le c\u0153ur, je devais juste garder espoir et croire en de jours meilleurs au sens propre comme au figur\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Je pr\u00e9pare toujours consciencieusement mes voyages : partir seul, en mode \u00e9conomique avec ma petite de valise de cabine bleue, minimum requis, rep\u00e9rages et conseils glan\u00e9s sur internet, cartes, \u00e9pingles, horaires, transports et choix de l\u2019h\u00f4tel par rapport au budget et \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de la course\u2026 tout est calcul\u00e9 et \u00e9valu\u00e9 pour limiter les d\u00e9placements et surtout voyager l\u00e9-ger. J\u2019aime beaucoup lire les cartes, m\u2019imaginer d\u00e9ambuler dans les rues avant m\u00eame d\u2019y avoir r\u00e9ellement mis les pieds. Comme dans la vie, la r\u00e9alit\u00e9 est toujours diff\u00e9rente de l\u2019image fantasm\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Caen &#8211; Vendredi 11 novembre<br \/>\nLe d\u00e9part de la gare de Caen tr\u00e8s t\u00f4t le matin. J\u2019\u00e9prouve toujours une l\u00e9g\u00e8re excitation compos\u00e9e par le doute et un sentiment de frayeur combin\u00e9s : s\u2019offrir \u00e0 la multitude, aux regards des autres, partir loin\u2026 et tenter de revenir. Tout va bien se passer, faire confiance.<br \/>\nApr\u00e8s 2h30 de voyage, j\u2019arrive \u00e0 la gare St-Lazare. Direction direction Denfert-Rochereau via le m\u00e9tro pour r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019Orly-Bus. D\u00e9part du terminal quelques heures plus tard pour un vol avec Transavia : 3h10 sans escale, direction l\u2019a\u00e9roport international d\u2019Ath\u00e8nes situ\u00e9 \u00e0 33 km du centre-ville. Durant le vol, je survole Berne et de tr\u00e8s bons moments pass\u00e9s dans la capitale helv\u00e9tique ; quelques minutes plus tard, j\u2019aper\u00e7ois au loin Interlaken c\u00f4toy\u00e9e par ses deux lacs et le sommet de la Jungfrau (je participerai un an plus tard au d\u00e9part de ce marathon, comme promis) : les souvenirs et les \u00e9motions restent intacts, le spectacle est magnifique.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019a\u00e9roport, je rejoins la procession touristique qui comme des lemmings, s\u2019activent et font la queue pour r\u00e9cup\u00e9rer un ticket de bus afin de rejoindre le centre-ville. Il fait beau, les paysages sont superbes, je suis \u00e9mu.<\/p>\n<p>Ath\u00e8nes.<br \/>\nDirection l\u2019auberge de jeunesse situ\u00e9e au pied du parth\u00e9non, pr\u00e8s de la porte d\u2019Hadrien. Confort minimum en lit bannette, accueil agr\u00e9able, cour int\u00e9rieure isol\u00e9e et id\u00e9ale pour se reposer. Le check-in est fait. Passons maintenant \u00e0 l\u2019exploration des alentours.<\/p>\n<p>Je rejoins en fin de journ\u00e9e Alain et Marielle, mes cousins de Bormes-les-Mimosas. Ils me font la gentillesse de faire une \u00e9tape de trois jours sur Ath\u00e8nes avant de partir pour les \u00eeles grecques et seront l\u00e0 dimanche \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e (super !). Nous d\u00eenons le soir au pied de la cit\u00e9 antique dans un de ces sympathiques restaurants touristiques. Malgr\u00e9 une carte all\u00e9chante, mon estomac est en vrac et n\u2019appr\u00e9cie gu\u00e8re la soupe, ni la salade vinaigrette \/ blanc de poulet\u2026 au grand d\u00e9sespoir du serveur. Je suis l\u00e9g\u00e8rement naus\u00e9eux et rien ne passe comme si c\u2019\u00e9tait une gastro. Une bonne nuit de sommeil et un grand soda matinal me remettront sur pied.<\/p>\n<p>Samedi 12 novembre<br \/>\nVisite hallucin\u00e9e du Parth\u00e9non le matin sous un \u00e9clatant ciel bleu avec les cousins et en milieu d\u2019apr\u00e8s-midi, descente vers le port du Pyr\u00e9e pour y r\u00e9cup\u00e9rer mon dossard et les instructions au palais des sports distant de plusieurs kilom\u00e8tres. J\u2019en profite pour marcher durant de longues heures, comme \u00e0 mon habitude, la veille de la comp\u00e9tition. Le soir, repas l\u00e9ger, pr\u00e9paration de mes affaires et couch\u00e9 de bonne heure avec ce sentiment d\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 : demain, c\u2019est le grand jour.<\/p>\n<p>Dimanche 13 novembre<br \/>\nR\u00e9veil \u00e0 4h30. La nuit fut courte mais reposante. Un petit tour au coin d\u2019aisance, un th\u00e9 sucr\u00e9 avec quelques morceaux de pain. Rien de lourd, le ravitaillement se chargera de m\u2019apporter les quelques apports n\u00e9cessaires. Courir l\u00e9ger. Mon sac est pr\u00eat, short, t-shirt et rechanges sont pr\u00e9vues. Une petite angoisse m\u2019accompagne en refermant d\u00e9licatement la porte de ma chambre. Combien seront-nous au d\u00e9part du bus ? Quelle sera la m\u00e9t\u00e9o ? Comment ma course va-t-elle se d\u00e9rouler ?<br \/>\nJe sors de l\u2019auberge de jeunesse, souhaitant silencieusement aux colocataires encore endormis de profiter de ces derni\u00e8res heures de sommeil. Il est 5h30. Les rues sont d\u00e9sertes et la fra\u00eecheur m\u2019accompagne le long de l\u2019art\u00e8re principale qui remonte en direction de la place Kotzi\u00e1. Apr\u00e8s 20 minutes de marche, j\u2019arrive au point de rendez-vous, place de l\u2019h\u00f4tel de ville d\u2019Ath\u00e8nes. Plusieurs bus sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, moteurs au ralentit. Je rejoins un des groupes de coureurs qui font la queue. V\u00e9rification faite, je suis autoris\u00e9 \u00e0 me laisser absorber par la promesse d\u2019un confort transitoire : un si\u00e8ge, un peu de chauffage mais surtout la joie de retrouver ma seconde famille. Tout en rangeant nos affaires, nous faisons connaissance, \u00e9changeons sourires et regards complices, tous li\u00e9s par cette excitation partag\u00e9e.<\/p>\n<p>6h00 &#8211; Les premiers bus partent et apr\u00e8s quelques minutes d\u2019attente, nous quittons enfin Ath\u00e8nes par l\u2019autoroute 54, direction Marathon. Cette interlude coll\u00e9giale est l\u2019occasion d\u2019\u00e9changer durant ces 50 minutes avec ma voisine grecque venue seule concourir le marathon et ayant lou\u00e9 un appart\u2019 sur Ath\u00e8nes pour le week-end\u2026Je suis sous le charme. Nos discussions li\u00e9es \u00e0 notre \u00e9preuve commune est parfois interrompue par l\u2019attention que nous portons au paysage qui d\u00e9file sous nos yeux. Nous sommes partis depuis maintenant vingt minutes et la banlieue \u00e9tend encore son emprise malgr\u00e9 les kilom\u00e8tres parcourus. Ponts autoroutiers, boulevards, commerces, habitations \u00e0 moyenne densit\u00e9, le bus file \u00e0 vive allure dans cette l\u2019agglom\u00e9ration encore somnolente, serpentant sur ce long ruban bitumeux, tentant d\u2019\u00e9chapper aux contreforts de la m\u00e9tropole ath\u00e9nienne.<br \/>\nJe me rends compte que le trajet effectu\u00e9 \u00e0 vive allure sera emprunt\u00e9 par nous autres dans l\u2019autre sens en courant ! Entre effroi et r\u00e9signation, j\u2019accepte cette v\u00e9rit\u00e9 qui, je le ressens, a d\u00e9sormais influenc\u00e9 l\u2019esp\u00e9rance de l\u2019ensemble des participants pr\u00e9sents dans ce bus. Derniers instants partag\u00e9s qui scellent provisoirement la conviction que nous signons toujours en pleine conscience et que nous ne ma\u00eetrisons pourtant cette \u00e9preuve avec une certaine dose d&rsquo;inconscience\u2026<\/p>\n<p>7h15 &#8211; Nous descendons du bus, r\u00e9cup\u00e9rons nos sacs de rechange et nous nous dirigeons vers notre point de rendez-vous. Le d\u00e9part est fix\u00e9 \u00e0 9h. H\u00e9las, j\u2019ai perdu de vue ma voisine en sortant du bus, ni m\u00eame retenu le num\u00e9ro de son dossard\u2026<br \/>\nMalgr\u00e9 la fra\u00eecheur matinale, tout le monde est actif et j\u2019appr\u00e9cie de retrouver ma famille polyglotte. J\u2019absorbe cette vitalit\u00e9. Je me sens bien. Je passe plus d\u2019une heure \u00e0 d\u00e9ambuler dans le stadium, \u00e0 \u00e9couter, ressentir cette \u00e9nergie qui nous anime. L\u2019aurore console d\u00e9sormais nos \u00e2mes impatientes, r\u00e9confortant nos physiques appr\u00eat\u00e9s. Tels des animaux \u00e0 sang froid, nous profitons de la promesse des premiers rayons du soleil pour nous ressourcer avant que ce dernier ne vienne nous rappeler par son intensit\u00e9, plus tard dans la matin\u00e9e, qu\u2019il ne fait pas si bon de courir sans pr\u00e9paration au pays de notre tr\u00e8s cher p\u00e8re Phidippid\u00e8s.<\/p>\n<p>8h30 : Je suis pr\u00eat. Je me dirige vers la sortie du stade puis sur le boulevard pour me placer dans le sas qui m\u2019est attribu\u00e9. Nous y sommes\u2026 C\u2019est magnifique de se retrouver parmi tant d\u2019autres. Je me sens bien. Quelques minutes plus tard, nous entonnons le serment olympique.<br \/>\nAthlete oath (serment olympique) juste avant le d\u00e9part et le bras lev\u00e9 : ceci correspond \u00e0 un geste de la Gr\u00e8ce antique.<br \/>\n\u00ab Au nom de tous les concurrents, je promets que nous prendrons part \u00e0 ces Jeux Olympiques en respectant et en suivant les r\u00e8gles qui les r\u00e9gissent, en nous engageant pour un sport sans dopage et sans drogues, dans un esprit de sportivit\u00e9, pour la gloire du sport et l&rsquo;honneur de nos \u00e9quipes \u00bb<\/p>\n<p>Encore \u00e0 cet instant o\u00f9 je saisis ces quelques lignes, je suis \u00e9mu par ce serment et le souvenir d\u2019avoir partag\u00e9 cet instant de communion avec mes camarades d\u2019un nouveau jour.<\/p>\n<p>\u00c0 suivre\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marathon d&rsquo;Ath\u00e8nes (2016) &#8211; 1\u00e8re partie Contexte 2015 fut une ann\u00e9e difficile, entre une actualit\u00e9 insupportable impos\u00e9e \u00e0 la Kalashnikov, un travail \u00e9puisant et peu valorisant et une peine de c\u0153ur dont les effets allaient s\u2019av\u00e9rer \u00eatre destructeurs sur plusieurs mois. 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