{"id":9016,"date":"2017-09-09T23:55:53","date_gmt":"2017-09-09T23:55:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.antipodes.net\/courir\/?p=9016"},"modified":"2023-02-08T19:50:31","modified_gmt":"2023-02-08T19:50:31","slug":"marathon-de-la-jungfrau4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/marathon-de-la-jungfrau4\/","title":{"rendered":"R\u00e9cit marathon de la Jungfrau 2017 (3\/4)"},"content":{"rendered":"\r\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"671\" class=\"wp-image-9057\" src=\"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/1.jpeg-1024x671.jpg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/1.jpeg-1024x671.jpg 1024w, https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/1.jpeg-300x197.jpg 300w, https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/1.jpeg-768x503.jpg 768w, https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/1.jpeg-700x459.jpg 700w, https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/1.jpeg.jpg 1280w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\r\n\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong>JOUR J<\/strong><\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">Samedi 9 septembre &#8211; 6h30<\/span><\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Chaque matin de course est toujours teint\u00e9 d\u2019un l\u00e9ger pressentiment, d\u2019une l\u00e9g\u00e8re tension int\u00e9rieure. On pr\u00e9pare consciencieusement ses affaires, le trac\u00e9 est \u00e9tudi\u00e9 et le plan de course approuv\u00e9 mais ce matin-l\u00e0, je ne suis pas pr\u00eat comme j\u2019aurai d\u00fb l\u2019\u00eatre auparavant.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">J\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 \u00e9couter ma voix int\u00e9rieure, j\u2019ai n\u00e9glig\u00e9 mon corps, l\u2019\u00e9quilibre est rompu. La tension musculaire n\u00e9cessaire pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019effort demand\u00e9 n\u2019a plus la m\u00eame intensit\u00e9. Je sais que j\u2019ai les capacit\u00e9s pour finir cette course mais il faut d\u00e9sormais n\u00e9gocier avec un nouveau param\u00e8tre : la motivation.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Oui, je reconnais mes faiblesses et je vais devoir adapter une nouvelle approche. Il y a 9 mois, je pensais remonter la pente, ce matin je vais l\u2019affronter. Mon petit d\u00e9jeuner prend des allures de c\u00e9r\u00e9monial. Je suis calme, silencieux, d\u00e9tendu et conscient de ma situation. Quelques tranches de pain, un bon mug de th\u00e9 et deux verres de jus de fruits sont mon premier ravitaillement de la matin\u00e9e. Apr\u00e8s avoir salu\u00e9 mes co\u00e9quipiers et leur souhaiter bon courage, je me dirige vers le point de rendez-vous.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><span class=\"_4yxo\"><strong>8h00 :<\/strong> <\/span>Je d\u00e9pose mon sac. C\u2019est l\u2019effervescence et je ressens une certaine f\u00e9brilit\u00e9. Nous partons dans 30 minutes et tout le monde se bouscule \u00e0 l\u2019approche des consignes. Je me dirige vers la ligne de d\u00e9part, secteur 1, surclass\u00e9\u2026 pour avoir donn\u00e9 mon meilleur temps au marathon. A\u00efe ! Je me retrouve malgr\u00e9 moi dans les 4h &#8211; 4h30. Je me sens comme un cheval de trait parmi des purs sang anglais\u2026 Qu\u2019importe. Short, gants, veste autour de la taille, casquette\u2026 je suis pr\u00eat.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">8h15 :<\/span><\/strong> Je m\u2019\u00e9chauffe, trottine, respire tranquillement. Il fait frais, la m\u00e9t\u00e9o correspond au pr\u00e9visions, c\u2019est bon signe. J\u2019observe, je m\u2019impr\u00e8gne de l\u2019ambiance festive et \u00e9lectrique. On distribue des drapeaux suisse pour le 25e anniversaire de la course mais je ne m\u2019encombre pas de cela, j\u2019en r\u00e9cup\u00e9rerai peut-\u00eatre un plus tard.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM0 :<\/span><\/strong> Nous franchissons la ligne de d\u00e9part \u00e0 8h30 et maintenant c\u2019est l\u2019inconnu. Les premiers kilom\u00e8tres se font tranquillement en \u00e9vitant le rush. Je suis en mode \u00e9conomique jusqu\u2019\u00e0 la fin : 140 pulsations par minute, 10 km\/h de moyenne. Je compte faire le semi en deux heures puis la seconde partie en 2h30-3h si tout va bien.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><span class=\"_4yxo\"><strong>KM7,4 &#8211; 39 mn &#8211;<\/strong> Boningen<\/span> Mon rythme est trop \u00e9lev\u00e9 et je ne cesse de me faire doubler. Nous quittons la ville pour longer le torrent en direction de l\u2019entr\u00e9e de la vall\u00e9e.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><span class=\"_4yxo\"><strong>KM10 &#8211; 55 mn de course &#8211; Wilderswil<\/strong><\/span><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Le premier village se traverse sans trop de difficult\u00e9s, encourag\u00e9s par le public, la fanfare et les jeux de cloches. Un raidillon, un faux plat puis une belle mont\u00e9e nous imposent leurs rythmes. Je me sens contrari\u00e9 par la soudainet\u00e9 et la duret\u00e9 de l\u2019effort. Je me rem\u00e9more le trail de Montoncourt : la course n\u2019est qu\u2019une succession de tensions, de rel\u00e2chements musculaires auquel il faut associer un mental sans cesse mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. C\u2019est ce qui est le plus difficile. Ce s\u00e9quen\u00e7age physique et psychologique est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de ce que j\u2019appliquais jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent sur un marathon o\u00f9 l\u2019effort se distillait avec finesse et justesse tout au long de la course. C\u2019est dur. Le chemin continue sa l\u00e9g\u00e8re ascension, drainant ce long cort\u00e8ge processionnaire, tant\u00f4t abrit\u00e9 par les bois, tant\u00f4t ouvert sur une prairie arbor\u00e9e. L\u2019humidit\u00e9, le torrent et ses multiples avatars nous accompagnent en serpentant, alternant acc\u00e8s de fureur et tourments canalis\u00e9s. Mon souffle est r\u00e9gulier, je me sens bien dans cette fraicheur matinale, le soleil est toujours sous la couette et malgr\u00e9 un doute constant pour la suite de la course, je reste confiant.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM15 &#8211; 1h24 &#8211; G\u00fcndlischwald<\/span> <\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Nous traversons le village d\u2019une traite pour nous faufiler sur un sentier un peu plus \u00e9troit. La voie de chemin de fer nous accompagne jusqu\u2019au 21e kilom\u00e8tre. Nous avons l\u2019agr\u00e9able surprise d\u2019\u00eatre salu\u00e9s et encourag\u00e9s bruyamment par de nombreux voyageurs-supporteurs partis \u00e0 la conqu\u00eate de la Jungfrau. Je m\u2019amuse \u00e0 comparer cet enthousiasme d\u00e9lirant avec une s\u00e9quence d\u2019un film de Miyazaki. J\u2019adore. Nous traversons des hameaux nourris par les encouragements des r\u00e9sidents, passons plusieurs ponts en bois, passerelles et raidillons casse-pattes. Au fur et \u00e0 mesure de notre avanc\u00e9, notre angle de vue s\u2019\u00e9largit progressivement, laissant paraitre une large vall\u00e9e flanqu\u00e9e de parois rocheuses dont les sommets baignent dans une brume disparate et donne \u00e0 cette magnifique sc\u00e8ne des allures de fjord norv\u00e9gien.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM20 &#8211; 1h52<\/span><\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Lauterbrunnen se fait dans la douleur : un raidillon \u00e0 couper les pattes qui d\u00e9bouche sur une route suivit 50 m\u00e8tres plus loin d\u2019un virage en \u00e9pingle dont le d\u00e9nivel\u00e9 marque le d\u00e9but des festivit\u00e9s. Je l\u00e8ve la t\u00eate et regarde au-dessus de moi : c\u2019est haut, c\u2019est franchement pas sympa de nous accueillir ainsi. Apr\u00e8s avoir r\u00e9duit l\u2019allure, je reste constant dans mon effort en essayant de rester concentr\u00e9. Surtout ne pas marcher. Les acclamations vous aspirent et vous font croire que cette soudaine alt\u00e9ration est provisoire : il n\u2019en est rien. Apr\u00e8s avoir amorc\u00e9 le virage, un faux plat de r\u00e9sistance vous est offert pour vous souhaiter la bienvenue. La rue est anim\u00e9e, je voudrais bien sourire mais la grimace est ma seule marque de sympathie \u00e0 cet instant ! D\u00e9sol\u00e9 ! Le ravitaillement n\u2019est pas encore en vue mais quelques instant plus tard, l\u2019apparition soudaine des chutes d\u2019eau du Staubbach (300 m de haut) et de leur longue chevelure filiforme m\u2019illumine de joie. Je reste pantois, en admiration, \u00e9mu par ce spectacle saisissant. Les habitations situ\u00e9es au pied de ces derni\u00e8res paraissent comme maisons de poup\u00e9es et sont condamn\u00e9es \u00e0 le rester face \u00e0 cette nature imposante \u00e0 vous couper le souffle.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM21 &#8211; 2h 05<\/span> <\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Je profite d\u2019un bon bouillon chaud (love) distribu\u00e9 au ravitaillement pour faire le point : tout va bien physiquement et le moral est au beau fixe malgr\u00e9 la m\u00e9t\u00e9o. Je suis content de ce premier semi. Il nous reste 5 km avant d\u2019entamer la mont\u00e9e sur Wengen situ\u00e9 l\u00e0-haut ! Je repars avec enthousiasme, j\u2019ai h\u00e2te d\u2019en savoir plus. La vall\u00e9e est magnifique malgr\u00e9 cette pluie fine. Le public est nombreux, toujours \u00e0 nous encourager. C\u2019est r\u00e9confortant.<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Nous continuons sur 3 kilom\u00e8tres avant de bifurquer sur la gauche pour revenir sur Lauterbrunnen par la route principale. Un l\u00e9ger d\u00e9nivel\u00e9 nous permet de prendre de la vitesse et de r\u00e9cup\u00e9rer tranquillement Cela fait du bien mais je garde un oeil sur mon cardio. Nous revenons au village et progressons sans trop de difficult\u00e9s avant d\u2019arriver sur une l\u00e9g\u00e8re c\u00f4te qui se n\u00e9gocie sans trop d\u2019effort, un dos d\u2019\u00e2ne compar\u00e9 avec ce qui nous attend\u2026 Un passage sous la ligne de chemin de fer, une nouvelle mont\u00e9e et au d\u00e9tour d\u2019un virage : le mur ! Nous nous arr\u00eatons net quelques m\u00e8tres plus loin, stopp\u00e9s dans notre \u00e9lan et notre stimulation. La pente est trop raide !!<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">Mon ressenti au KM26 (800 m) :<\/span><\/strong> j\u2019ai envie de courir, de me relancer mais c\u2019est physiquement impossible. Je m\u2019arr\u00eate pour reprendre mon souffle, tenter de r\u00e9aliser ce qu\u2019il m\u2019arrive. Nous ne sommes plus seuls ! Dor\u00e9navant, il nous faudra marcher ensemble ! Combien de temps avant d\u2019arriver en haut ??? La t\u00eate baiss\u00e9e, le regard fixant le sol, le souffle court et les mains sur la taille ou sur les cuisses, je reste concentr\u00e9, les pieds, mollets, jambes et fessiers chauffent. C\u2019est impressionnant d\u2019entendre les respirations de chacun, de percevoir cette cacophonie qui s\u2019unifie dans un m\u00eame effort, une m\u00eame volont\u00e9. Lentement, nous progressons en silence, zig-zagons \u00e0 flanc de montagne, prot\u00e9g\u00e9s par les bois sur ce chemin long de deux kilom\u00e8tres. Mon GPS m\u2019indique que la pente est proche des 18%.<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Lentement, nous avan\u00e7ons. Je m\u2019arr\u00eate un instant pour me redresser. Une jeune femme m\u2019invite \u00e0 reprendre mon effort. \u00ab Kommen \u00bb Je m\u2019ex\u00e9cute. Je me sens touch\u00e9 \u00e9motionnellement par ce geste de solidarit\u00e9. Inoubliable sensation d\u2019unit\u00e9 et de respect les uns envers les autres. Plus loin, nous passons un virage en \u00e9pingle, matraqu\u00e9s par \u00ab The Wall \u00bb de Pink Floyd mais cela n\u2019alt\u00e8re pas notre motivation.<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Nous sortons de la for\u00eat apr\u00e8s 30 minutes d\u2019efforts qui nous ont parut une \u00e9ternit\u00e9. Repartir\u2026 facile \u00e0 dire. Il me faut quelques pas pour r\u00e9cup\u00e9rer. Il n\u2019est plus question de temps mais de g\u00e9rer son effort.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM28 &#8211; 3h04 (1100m)<\/span> <\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">La vue semblait se d\u00e9gager vu d\u2019en bas, c\u2019est loup\u00e9 ! Le plafond nuageux est de plus en plus bas. Nous croisons le train \u00e0 cr\u00e9maill\u00e8re, saluons les touristes encapuchonn\u00e9s et poursuivons notre route. La relance se fait assez facilement et les quelques bosses sont n\u00e9goci\u00e9es sans difficult\u00e9s. N\u00e9anmoins, nous subissons encore l\u2019exigence de la montagne avec de nombreux faux plats et raidillons qui nous obligent \u00e0 marcher \u00e0 nouveau. Le bitume annonce la proximit\u00e9 de Wengen. Enfin, des routes un peu plus horizontales et carrossables\u2026 \u00e0 premi\u00e8re vue. Le passage dans le centre-ville est fantastique mais teint\u00e9 d\u2019une l\u00e9g\u00e8re inqui\u00e9tude de ma part. Il nous reste 14 km.<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">La sortie de Wengen n\u2019est que la confirmation que nous sommes bien en montagne et que le macadam ne vous permet pas forc\u00e9ment de courir plus vite dans un sens ou dans un autre d\u2019ailleurs !! La grimace est de retour et il nous faut encore marcher puis se relancer et encore s\u2019arr\u00eater. Je suis devenu un pi\u00e9ton\u2026 La d\u00e9ception, le doute s\u2019invitent \u00e0 ma table et partagent mes r\u00e9flexions. \u00ab Tu arrives demain matin ou ce soir ??? \u00bb Je ne me retourne m\u00eame pas pour appr\u00e9cier le panorama. Quitter la ville au plus vite. Nous poursuivons d\u00e9sormais notre randonn\u00e9e\u2026 sur des chemins forestiers.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM35 &#8211; 4h12 (1500 m)<\/span> <\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">\u00ab Je vaux moins qu\u2019une vache ! \u00bb. Cela fait une plombe que nous marchons activement sur ce chemin et je suis d\u00e9pit\u00e9. J\u2019ai besoin de courir\u2026 Nous alternons marches rapides et relances en courant sur de courtes distances. Nous sommes tributaires de la moindre variation de relief, du moindre changement de d\u00e9nivel\u00e9. La fatigue s\u2019accumule mais je pense surtout que le temps est terriblement long. Les vaches, les alpages, les sapins, les cailloux (Cabrel) et la brume\u2026 la routine. L\u2019humidit\u00e9 est supportable et le ravitaillement toujours le bienvenue (penser \u00e0 liker la page Facebook du Bouillon chaud de la Jungfrau ! Je me r\u00e9gale, un r\u00e9confort pour l\u2019\u00e2me et le corps).<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM38 &#8211; 4h48 (1800 m)<\/span> <\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><em><span class=\"_4yxp\">(NDLR : Je vous promets, c\u2019est plus tr\u00e8s long\u2026) <\/span><\/em><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Nous entamons la derni\u00e8re partie de la course et \u00e9voluons d\u00e9sormais sur des sentiers de randonn\u00e9e, \u00e9troits, caillouteux, glissants et ravin\u00e9s. Nous progressons en file indienne, serpentons, franchissons, grimpons, \u00e9voluons en silence parmi les rochers et la lande, absorb\u00e9s par la brume et par nos pens\u00e9es. Juste devant moi, un coureur tintinnabule et agit comme un li\u00e8vre, un rep\u00e8re sonore dans ce paysage fantomatique. Pousser sur les jambes, parfois pointer du pied, s\u2019agripper aux quelques cailloux \u00e9mergeant du sentier. L\u2019effort est constant, la pente est raide parfois mais le souffle est lent et r\u00e9gulier. Le dernier ravitaillement pass\u00e9, la derni\u00e8re soupe ingurgit\u00e9e et nous repartons de plus belle. Petit embouteillage 100 m\u00e8tres plus loin et un arr\u00eat de 10 minutes afin que chacun puisse suivre \u00ab notre ligne de vie \u00bb sans bousculade. Le temps ne compte plus \u00e0 cet instant. Au loin, le son de la cornemuse, tel le chant des sir\u00e8nes, comme un hymne \u00e0 la joie, un r\u00e9confort. L\u2019arriv\u00e9e n\u2019est plus tr\u00e8s loin. Un passage abrupte, limite \u00e0 quatre pattes et la fameuse longue ligne de cr\u00eate rectiligne pr\u00e9c\u00e9dant les 40,5 km, pente de 15% qui nous met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve et nos cuisses hurlent aussit\u00f4t. Pas besoin de relever la t\u00eate pour savoir o\u00f9 l\u2019on va, fixer le sol, respirer et oublier la douleur. Une pluie fine continue de tomber et le son de la cornemuse nous encourage \u00e0 ne rien l\u00e2cher. On y est !<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM40,5 &#8211; 5h37 (2100 m)<\/span> <\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Salutations au <span class=\"_4yxp\">bagpiper<\/span>, sourires, remerciements d\u2019un geste amical \u00e0 ceux qui nous lib\u00e8rent de ces derniers m\u00e8tres, pour enfin entamer la descente vers la ligne d\u2019arriv\u00e9e. Le public est de nouveau pr\u00e9sent et les encouragements viennent rompre avec ces longs moments de solitude et de fatigue impos\u00e9e. La piste est rapide et elle glisse par endroits. Il faut veiller \u00e0 marcher sur des zones empierr\u00e9es. Je reprends mon souffle, cours \u00e0 faible allure car nous sommes \u00e0 flanc de colline. Petite pente et descente \u00e0 nouveau vers l\u2019autre versant. Un ultime ravitaillement de fortune (pas n\u00e9cessaire) puis le chemin s\u2019\u00e9largit nous permettant ainsi de courir \u00e0 nouveau. La descente est risqu\u00e9e car la boue, l\u2019eau et les pierres sont difficiles \u00e0 n\u00e9gocier. Il faut prendre la bonne trajectoire, slalomer entre les coureurs \u00e0 l\u2019arr\u00eat et ceux qui trottinent. C\u2019est de la folie, je cours comme un d\u00e9rat\u00e9, les pieds frappant violemment le sol pour tenter de ralentir. J\u2019\u00e9clabousse, je marche dans des flaques d\u2019eau, je suis emport\u00e9 par mon \u00e9lan et par la joie de pouvoir enfin avancer, courir, voler. Mes jambes vont bien et mes genoux devraient tenir ! Le passage le long du lac me permet de reprendre mon souffle mais 200 m plus loin, le sc\u00e9nario recommence. Je rigole, j\u2019exulte de joie, j\u2019y suis arriv\u00e9 (pas vraiment \u00e0 l\u2019heure) et les 50 derniers m\u00e8tres se font sous les encouragements du public venus nombreux braver les conditions m\u00e9t\u00e9o.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">KM 42,195 &#8211; 5h47 (2000 m) <\/span><\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Je franchis la ligne d\u2019arriv\u00e9e \u00e0 vive allure mais quelques m\u00e8tres suffisent pour m\u2019arr\u00eater. C\u2019\u00e9tait juste. Je souffle, je suis content d\u2019avoir pu finir. Un rapide passage pour prendre le t-shirt, la m\u00e9daille et la fameuse tablette de chocolat suisse, je me b\u00e2che et je me dirige vers la station pour enfiler des habits chauds. Je me retourne et contemple le si peu qu\u2019il nous est offert : j\u2019aper\u00e7ois un semblant de banni\u00e8re annon\u00e7ant l\u2019arrriv\u00e9e et les quelques habitations noy\u00e9es sous une brume stimul\u00e9e par un vent cinglant. Le froid est plus vif en raison de l\u2019altitude, je ne dois pas tra\u00eener et j\u2019ai h\u00e2te de me r\u00e9chauffer. Il y a beaucoup de monde, entre les coureurs, les amis venus encourager les participants, les touristes et les groupes de scolaires venus visiter la Jungfrau. Ambiance sortie d\u2019un stade de foot mais rapidement, il faut s\u2019abriter car des bourrasques et le froid est de plus en plus difficile \u00e0 supporter. La temp\u00eate arrive.<\/div>\r\n<div>\u00a0<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><strong><span class=\"_4yxo\">PAUSE<\/span> <\/strong><\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\">Notre grand vestiaire est situ\u00e9 dans les hangars d\u2019entretien des trains \u00e0 cr\u00e9maill\u00e8re. Le contraste est saisissant : les odeurs, la chaleur humaine, les exclamations, les discussions\u2026 Je me change, mange un morceau et je reste assis \u00e0 me reposer au chaud. Les coureurs arrivent pour certains transits de froid ou \u00e9puis\u00e9s, les membres endoloris, les doigts un peu gel\u00e9s et incapables de defaire leurs lacets. Les visages sont marqu\u00e9s, les corps mis \u00e0 mal. Reprendre des forces avant d\u2019affronter \u00e0 nouveau le froid pour le retour et ne pas choper la cr\u00e8ve ! Je reste plong\u00e9 dans mes pens\u00e9es durant le retour sur Interlaken J\u2019observe le paysage \u00e0 travers les carreaux embu\u00e9s du train, les nuages, la silhouette des montagnes cach\u00e9es par la brume. Je tente de retrouver un passage familier comme pour appr\u00e9cier encore plus mon confort actuel. Je suis choqu\u00e9, marqu\u00e9 par cette journ\u00e9e. Je me sens bien mais il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose.<\/div>\r\n<div class=\"_2cuy _3dgx _2vxa\"><span class=\"_4yxp\">\u00c0 suivre\u2026<\/span><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>JOUR J \u00a0 Samedi 9 septembre &#8211; 6h30 Chaque matin de course est toujours teint\u00e9 d\u2019un l\u00e9ger pressentiment, d\u2019une l\u00e9g\u00e8re tension int\u00e9rieure. On pr\u00e9pare consciencieusement ses affaires, le trac\u00e9 est \u00e9tudi\u00e9 et le plan de course approuv\u00e9 mais ce matin-l\u00e0, je ne suis pas pr\u00eat comme j\u2019aurai d\u00fb l\u2019\u00eatre auparavant. \u00a0 J\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 \u00e9couter [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[43],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9016"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9016"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9016\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9360,"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9016\/revisions\/9360"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9016"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9016"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.antipodes.net\/courir\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9016"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}